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Les grues volent vers le sud Lisa Ridzén

De la vieillesse, de ses déperditions, dénégations et incompréhensions. Quand il comprend qu’on veut lui enlever son chien, Bo sent planer l’ombre de la mort ; quand, sans résignation, le récit s’orne de ses réticences, résistances et réminiscences, il…
Les grues volent vers le sud Lisa Ridzén
De la vieillesse, de ses déperditions, dénégations et incompréhensions. Quand il comprend qu’on veut lui enlever son chien, Bo sent planer l’ombre de la mort ; quand, sans résignation, le récit s’orne de ses réticences, résistances et réminiscences, il déploie toute la vie d’un homme dans l’effondrement de ses représentations du monde, de son rapport avec son propre père aux ratages de ceux avec son fils en passant par l’égarement de sa femme en une sévère démence sénile. À hauteur de son personnage bougon, de la fatale progression de ses intrigues, entrecoupée par les notes du personnel à domicile qui prend soin de notre héros mal en point, Les grues volent vers le sud se révèle dans ses écarts au pathos, dans la beauté des souvenirs au moment où ils se perdent. Lisa Ridzén se révèle ici habile à suggérer la fragile beauté, la sagesse butée d’un homme face à l’inexorable.
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May 28, 2026 at 7:03 AM
Irène Christine Lapostolle

Sensible hommage à deux femmes disparues, deux belles présences dans leurs réticences, une mère et sa fille, une mort qui amène une rencontre, une douce attention à ces existences abolies, à leur vivacité, à leur légitime colère, à leur retirée manière d’être. Avec une…
Irène Christine Lapostolle
Sensible hommage à deux femmes disparues, deux belles présences dans leurs réticences, une mère et sa fille, une mort qui amène une rencontre, une douce attention à ces existences abolies, à leur vivacité, à leur légitime colère, à leur retirée manière d’être. Avec une effacée humilité, avec la patiente d’une amicale écoute, Christine Lapostolle signe un livre discret qui interroge sur ce qui se transmet du refus, de ses fatigues, de cette Janis, une graveuse, une artiste incertaine, à l’écart des cercles de pouvoir de reconnaissance et surtout de sa mère, Irène, avec laquelle l’autrice lie une puissante, endeuillée, amitié dans le partage de ce qui, déjà, s’efface. On est souvent saisi par l’émotion, contenue, de ce bref Irène et par sa préservation de l’intangible de cette intensité, cette fidélité à la désordonnée force du vivre.
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May 27, 2026 at 9:11 AM
Je t’écris après fait les fromages et passé le balai Corenthin Thilloy et Louis Zerathe

Amoureuse correspondance estivale où, dans l’écho de lettres non-envoyées, deux jeunes hommes s’inventent en absence leur amour, en écrivent à distance la proximité, disent la torpeur de l’été et la prosaïque…
Je t’écris après fait les fromages et passé le balai Corenthin Thilloy et Louis Zerathe
Amoureuse correspondance estivale où, dans l’écho de lettres non-envoyées, deux jeunes hommes s’inventent en absence leur amour, en écrivent à distance la proximité, disent la torpeur de l’été et la prosaïque matérialité de son passage. L’un est à l’estive, l’autre à Limoges ; tous deux concrétisent l’espérance du revoir, l’acuité de l’attention quand, dans un détail, apparaît son éloignement, la parole qui en silence en mesure la texture, la présence. Dans la tendresse du banal, dans une ostensible humilité, dans une forme de conscience réflexive qui les place dans un dispositif narratif, Corenthin Thilloy et Louis Zerathe interrogent pratiquement la rhétorique amoureuse et usent et vivent ses lieux-communs, les subtils écarts où l’on éprouve l’inédit, sans cesse déjà éprouvé, de l’amour.
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May 26, 2026 at 5:46 AM
Pot-Bouille Émile Zola

Les torves perversions bourgeoises jamais aussi patentes que quand elles paraissent dans la mesquinerie calculatrice de l’hypocrite réprobation, dans le sordide de l’économie du mariage, l’apparence du respectable. Derrière la façade cossue d’un immeuble de la rue de…
Pot-Bouille Émile Zola
Les torves perversions bourgeoises jamais aussi patentes que quand elles paraissent dans la mesquinerie calculatrice de l’hypocrite réprobation, dans le sordide de l’économie du mariage, l’apparence du respectable. Derrière la façade cossue d’un immeuble de la rue de Choiseul, Zola prend un plaisir pervers à peindre les turpides se passant dans chaque appartement où chaque famille révèle, à sa détestable manière, l’ordinaire bassesse de ses pulsions sexuelles, l’horreur des déguisements que cache son commerce social. De l’arrivisme misogyne d’Octave Mouret à la radinerie des Josserand prêt à tout pour vendre leur fille, pardon les marier, arracher une dot à leur oncle, en passant par un ménage à trois et autre coucherie par ambition et moralisante critique de la proverbiale immoralité des pauvres, Pot-bouille, roman de la pulsion, met à nu l’immondice complice, farce, de ce monde, celui dont hérite dans sa moralité douteuse, dans sa dénonciation dont on se demande, au fond, ce qu’elle change.
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May 25, 2026 at 7:34 AM
Saturne Eduardo Halfon

Lettre à un père dévorateur, sensible et acerbe creusement d’une blessure sans suture, incisive expression de la création d’un devenir qui, dans son évidente évocation de Kafka comme dans son questionnement de la judéité et de l’identité, très largement outrepasse le…
Saturne Eduardo Halfon
Lettre à un père dévorateur, sensible et acerbe creusement d’une blessure sans suture, incisive expression de la création d’un devenir qui, dans son évidente évocation de Kafka comme dans son questionnement de la judéité et de l’identité, très largement outrepasse le personnel. Dans cette première novella, déjà entre fiction et autobiographie, Eduardo Halfon n’évoque pas seulement une profonde haine paternelle, mais s’invente, pour pouvoir écrire, des filiations de secours et ainsi interroge ces littéraires suicidés - Klaus Mann, Ernest Hemingway, Sylvia Plath, Virginia Woolf et Cesare Pavese - eux aussi hantés par le nom du père. Oscillant entre digressions et précision, dans un rieur désespoir, Saturne est mise en accusation des figurations paternelles.
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May 22, 2026 at 6:38 AM
Chambre(s) à écho(s) – Journal d’une traversée Virginie Poitrasson, Jocelyn Mienniel, Juta Strohmaier

Un lieu hanté, transitoirement habité dans le tracé d’une expression graphique et photographique, poétique et musicale et dans les échos d’une présence qui, en absence, s’esquive et s’esquisse et…
Chambre(s) à écho(s) – Journal d’une traversée Virginie Poitrasson, Jocelyn Mienniel, Juta Strohmaier
Un lieu hanté, transitoirement habité dans le tracé d’une expression graphique et photographique, poétique et musicale et dans les échos d’une présence qui, en absence, s’esquive et s’esquisse et miroite ainsi d’autres figurations. Dans ce joli livre, les photographies de Jutta Strohmaier sur papier calque pour mimer les minimes altérations et permanences d’une vue, par les ellipses et autre cartographie de Virginie Poitrasson comme ornement et accompagnement des partitions de Jocelyn Menniel qui mettent en musique les poèmes décrivent et rêvent six jours de franchissement et de retranchement l’intérieur et l’extérieur. Chambre(s) à écho(s) joue alors sur les possibilités d’un lieu à soi et les dissolutions, perceptions et dépersonalisation de ce qui se présente comme une traversée, dans l’incertain enregistrement du flottement qui s’y passe, dans la collaboration transmédiatique qui en reflète les virtualités.
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May 21, 2026 at 9:22 AM
Les détitré·e·s

Anonymat : aliénation ou émancipation ? Dans une future proche, l’identité est devenue un titre monnayable, vendue et revendue selon sa supposée valeur sociale, l’illusion de sa réussite mesurable qui devient une réalité interchangeable, un louche commerce où l’on spécule sur…
Les détitré·e·s
Anonymat : aliénation ou émancipation ? Dans une future proche, l’identité est devenue un titre monnayable, vendue et revendue selon sa supposée valeur sociale, l’illusion de sa réussite mesurable qui devient une réalité interchangeable, un louche commerce où l’on spécule sur l’échec et vend une chimérique soustraction au monde dans une fongique retraite désertique. Écrit par un collectif imaginaire éponyme, comme pour déjouer toute assignation identitaire, Les détitré·e·s dessine une jolie caricature de notre suicidaire besoin de paix et d’isolement, une satire acerbe, car juste, du monde de l’art et de ses soumissions institutionnalisées à la reconnaissance individuelle de l’élaboration d’une identité, d’un mythe mercantile de l’artiste afin de nous laisser songer aux formes fongiques d’écroulement à fomenter.
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May 20, 2026 at 5:01 PM
Vermeille Florence Jou

Dans une trop proche dystopie, sous un climat définitivement déréglé, l’ultime résistance de celles et ceux qui, une dernière fois, s’essayent à une vinification naturelle et, un instant encore, résistent aux destructrices déprédations du capitalisme. Amalgame de…
Vermeille Florence Jou
Dans une trop proche dystopie, sous un climat définitivement déréglé, l’ultime résistance de celles et ceux qui, une dernière fois, s’essayent à une vinification naturelle et, un instant encore, résistent aux destructrices déprédations du capitalisme. Amalgame de l’enthousiasme de cette renseignée plongée dans l’univers du vin nature et le pessimisme de la certitude de sa fin, Vermeille est un récit plutôt sympathique sur ce qui se transmet dans et par le vin. Florence Jou en fait le medium d’une transmission hétérodoxe d’un savoir et d’une pratique joyeuse et attentive, ultime ivresse et impuissante, insurmontable, résistance.
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May 19, 2026 at 6:18 AM
Chambre Obscura, Anthologie Augmentée Sandra Moussempès

Des voix, des ombres, des réminiscences, des réticences : des distanciations de leurs projections — insuffisantes et dominatrices figurations féminines, cinématographiques, fantomatiques. Cette anthologie couvrant les années 1994-2026…
Chambre Obscura, Anthologie Augmentée Sandra Moussempès
Des voix, des ombres, des réminiscences, des réticences : des distanciations de leurs projections — insuffisantes et dominatrices figurations féminines, cinématographiques, fantomatiques. Cette anthologie couvrant les années 1994-2026 s’augmente, outre de quelques poèmes contemporains, de belles et spectrales photos ainsi que d’un appareil critique et poétique pour, au pluriel, en prolonger la réception. Chambre Obscura propose une révélatrice écoute des voix qui hantent nos représentations du monde, qui par réticence apparaissent et de leur spectre sonore et, insidieusement, en fragmentent les certitudes, en retiennent les abandons, en absence en suturent les deuils et rémanences. De l’ensemble de poèmes de Sandra Moussempès se dégage de puissantes images, leurs fugaces révenances et leurs impersonnelles disparitions un instant retenues.
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May 18, 2026 at 6:52 AM
La nuit des juges Hubert Haddad

Des nouvelles de fantômes pour évoquer les effleurements d’une magie éperdue, le silence de nos tacites culpabilités, les fantastiques réticences par lesquelles, opaques, l’ensemble revient, circule, inconsistant ou comme un détail d’une indéchiffrable…
La nuit des juges Hubert Haddad
Des nouvelles de fantômes pour évoquer les effleurements d’une magie éperdue, le silence de nos tacites culpabilités, les fantastiques réticences par lesquelles, opaques, l’ensemble revient, circule, inconsistant ou comme un détail d’une indéchiffrable signification. Dans une prose envoûtante, d’une telle beauté plastique parfois que l’équilibre de ses phrases paraît apprêté, gratuit comme le brillant exercice de style que souvent sont les nouvelles avant, ici, d’être happées par une sourde angoisse politique, une claire vision de la déprédation des puissants, de l’impuissante résistance que, malgré tout, permet fugacement cette haute exigence stylistique, l’ironie et la distanciation qu’elle exige, dans le spectral de son style donc, Hubert Haddad nous entraîne dans des accidents de cars en bord de Loire, des châteaux en Sologne ou dans les bidonvilles d’un fascisme que tout semble aujourd’hui nous promettre. Les quatorze nouvelles de La nuit des juges, comme hantées par la perte, la force de ce qui subsiste laissent résonner l’étendue d’un imaginaire ainsi que, hélas, la légère réserve d’une maîtrise trop grande, extérieure presque à son sujet.
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May 14, 2026 at 3:06 PM
La femme nue Armonía Somers

Cuento du décollement, conte fantastique d’un flottement dans une réalité, soudain refusée, comme dénudée de ses oripeaux d’absurdité et d’aliénation, récit d’une femme qui s’échappe, se soustrait le jour de ses trente ans à l’enfermement de son existence et, nue,…
La femme nue Armonía Somers
Cuento du décollement, conte fantastique d’un flottement dans une réalité, soudain refusée, comme dénudée de ses oripeaux d’absurdité et d’aliénation, récit d’une femme qui s’échappe, se soustrait le jour de ses trente ans à l’enfermement de son existence et, nue, promène le destructeur miroir de l’incompréhension, de la haine et de la peur, qu’ainsi tend son errance. Aujourd’hui encore oubliée, cette nouvelle traduction, à l’écoute de la densité semble-t-il du réseau métaphorique de ce court roman, de La femme nue dévoile l’intranquille inquiétude d’Armonía Somers dont la prose parvient à avoir l’immuable torsion des allégories et le burlesque concret des cauchemars.
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May 13, 2026 at 8:32 AM
L’aile droite, Orbitor 3, Mircea Cărtărescu

De la fin du règne de Ceaușescu à l’avènement apocalyptique d’une terminale révélation, dans l’invention toujours de passages, entre souvenirs et prophéties, autobiographie pulsionnelle et romanesques hallucinations, dans la métaphorique — entre…
L’aile droite, Orbitor 3, Mircea Cărtărescu
De la fin du règne de Ceaușescu à l’avènement apocalyptique d’une terminale révélation, dans l’invention toujours de passages, entre souvenirs et prophéties, autobiographie pulsionnelle et romanesques hallucinations, dans la métaphorique — entre papillons et araignées — architectonique d’une gestation corporelle, cérébrale, pour qu’enfin, proustien, le personnage en dissolution apparaisse. Le troisième et dernier volume de l’ébouriffante trilogie Orbitor, L’aile droite se condense littéralement sur la fin de l’histoire, celle d’un régime communiste opportuniste et cynique tout autant que celle de Mircea, de son enfermement dans son manuscrit, dans sa quête de son jumeau négatif, afin, peut-être, d’un coup d’ailes s’envoler, disparaître sans doute. D’une invention sans frein, Mircea Cărtărescu referme ici l’un des romans les plus fous, les plus obsessifs, sur une mémoire qui n’advient que dans l’avenir qu’elle invente.
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May 12, 2026 at 8:01 AM
Abécédaires du dimanche Philippe Annocque

Dominicaux exercices de style, petite prose contrainte où, par acrostiches de chaque lettre de l’alphabet, se dessine une amusée vision du monde dont l’acrobatique absurdité de ce classement fait entendre la dérision, les douleurs, parfois, la beauté dans…
Abécédaires du dimanche Philippe Annocque
Dominicaux exercices de style, petite prose contrainte où, par acrostiches de chaque lettre de l’alphabet, se dessine une amusée vision du monde dont l’acrobatique absurdité de ce classement fait entendre la dérision, les douleurs, parfois, la beauté dans sa flottante inanité. Dans ce rieur jeu sous contraintes, initialement publié tous les dimanches sur le site de l’auteur, Philippe Annocque déjoue les ruses de la langue pour, goguenard, en montrer l’absurdité, suggérer l’arbitraire aléatoire de ces constructions d’où se dégagent une infime poésie, une beauté de décalage.
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May 11, 2026 at 12:49 PM
Se renifler quasi bestial Fanny Lambert

Chiennerie poétique: à quelle sauvagerie on en est réduit ; comment on effleure, sent ou ressent à l’écart, la distance d’une étreinte de l’autre ? Restent les lignes brisées, les vers heurtés, les blancs – pas seulement typographiques – d’une cassure du…
Se renifler quasi bestial Fanny Lambert
Chiennerie poétique: à quelle sauvagerie on en est réduit ; comment on effleure, sent ou ressent à l’écart, la distance d’une étreinte de l’autre ? Restent les lignes brisées, les vers heurtés, les blancs – pas seulement typographiques – d’une cassure du langage, de l’inintelligible d’une rumeur, tacitement opiniâtre, du monde au hasard ramassée. Fanny Lambert évoque une mystérieuse, furieuse et toujours outrepassée, sensibilité de chien, son écoute d’un environnement hostile et opaque, miroir aux bribes d’humaines consciences qui s’y reflètent. Se renifler quasi bestial expérimente, hérissée approche, alors une langue sauvage, réticente, rieuse.
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May 7, 2026 at 6:31 AM
Le corps Mircea Cărtărescu

Inquiétante, débridée, fractale architectonique d'un corps qui, plus qu'un corpus, plus que celui d'un livre fou écrit par un narrateur à l'enfermement maniaque, serait celui de nos ravissements, envols, dépassements et hallucinée recomposition de l'incertitude du…
Le corps Mircea Cărtărescu
Inquiétante, débridée, fractale architectonique d'un corps qui, plus qu'un corpus, plus que celui d'un livre fou écrit par un narrateur à l'enfermement maniaque, serait celui de nos ravissements, envols, dépassements et hallucinée recomposition de l'incertitude du miroitement, du mirage et des visions du souvenir du jeune Mircea, de son enfance et de la Roumanie des années 1960 en ses craintes et découvertes, en ses pulsions et refoulements. Dans ce second volume d'Orbitor, Le corps, Mircea Cărtărescu reprend son entêtante circulation métaphorique des mots, du vocabulaire anatomique et scientifique, de leur confusion entre ce corps de papillon et celui du narrateur, pour continuer à inventer, à retranscrire les infinis passages, strates, miroirs et anamorphoses, que sont la réalité et ses portes de sortie qui ici vont d'un tapis à des pièces sans cesse découvertes, des vols au-desssus de soi, des incursions à Amsterdam où dans de mystérieux tableaux comme autant de reflets de ce livre. Le corps se révèle une belle spéculation sur l'utérine remontée dans les souvenirs, la plongée dans le vide d'une forme d'élection et la fatalité aliénante du personnage de roman.
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May 5, 2026 at 9:35 AM
L’homme sans qualité, tome 2 Robert Musil

Magistrale suite inachevée de cet immense roman qui ne parvient à raconter l’irresponsabilité d’un amour peu ou prou incestueux et interroge alors, avec l’exactitude qui la caractérise, l’ensemble de nos responsabilités, spécule, pour mieux s’aveugler, sur…
L’homme sans qualité, tome 2 Robert Musil
Magistrale suite inachevée de cet immense roman qui ne parvient à raconter l’irresponsabilité d’un amour peu ou prou incestueux et interroge alors, avec l’exactitude qui la caractérise, l’ensemble de nos responsabilités, spécule, pour mieux s’aveugler, sur les sentiments, sur la morale que l’on pourrait en déduire et surtout dans l’étonnant dialogue qui ressort de ce lien fragmentaire entre tous les personnages. Le deuxième tome de L’homme sans qualité se révèle sidérant dans son inachèvement, dans son implosion du roman par le poids de pensées, d’éthique et de métaphores, dont Robert Musil le charge. L’homme sans qualité devient alors un essai, un jeu de dialogue et une impressionnante tentative d’écoute des métaphoriques monologues de chaque personnage dont l’auteur fait, dans leur correspondance et parfois leur confusion, le portrait d’un pays, en 1913, au bord de la catastrophe, de cette irresponsabilité à laquelle Musil veut opposer une morale plurielle, questionnante, inachevée à l’évidence.
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May 4, 2026 at 10:25 AM
Les instants les merles Karine Miermont

Instantanés suspendus à l’impromptu observation d’oiseau, leur passage capturant, dans des vers libres dénués de ponctuation, un peu de notre intangible fugacité, un peu, à l’écart, d’une possible sympathie, d’une contemplative harmonie au monde. Dans le…
Les instants les merles Karine Miermont
Instantanés suspendus à l’impromptu observation d’oiseau, leur passage capturant, dans des vers libres dénués de ponctuation, un peu de notre intangible fugacité, un peu, à l’écart, d’une possible sympathie, d’une contemplative harmonie au monde. Dans le dénuement d’une simplicité condensée, Karine Miermont s’efface derrière une patiente, presque anodine, écoute des merles, des cerfs, des grues et des mouettes entre Paris, Arcachon et ses forêts. Accompagné par les oniriques et comme vacantes photographies de Bernard Plossu qui en accompagnent l’absence, Les instants les merles recueille des contemplations, de banales brisures de l’enchantement à bas bruit de notre quotidien.
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April 30, 2026 at 6:35 AM
La nonne et la meuf Katia Bouchoueva

Ce qui, joyeusement, nous relie dans une religiosité amusée qui pirate ses livres d’heures, la communauté d’une vie monacale pour faire ressentir, entre rires débordements ivresses, une existence lesbienne, une affirmation commune, mystique dans et par une…
La nonne et la meuf Katia Bouchoueva
Ce qui, joyeusement, nous relie dans une religiosité amusée qui pirate ses livres d’heures, la communauté d’une vie monacale pour faire ressentir, entre rires débordements ivresses, une existence lesbienne, une affirmation commune, mystique dans et par une poésie saturée par la camaraderie des images, l’amitié de sonores métaphores. Inspiré de grands textes de la tradition mystique comme de ceux d’une poésie politique, féministe, La nonne et la meuf se révèle un recueil de décalage, entre oralité et expérience de la vacuité en Dieu approché en son absence, entre le prosaïque d’une vie de nuits et de bistros et d’estivales, montagneux, éclaircissements, emportements. On reste intrigué par la démarche de Katia Bouchoueva.
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April 29, 2026 at 8:33 AM
Soixante de journalisme littéraire, tome 1, Un florilège des années Combat (1945-1951) Maurice Nadeau

Dans l’immédiat après seconde guerre mondiale, Maurice Nadeau fourbit ses premières armes de critiques littéraires dans le journal Combat. La parution en poche d’un florilège, conservant seulement…
Soixante de journalisme littéraire, tome 1, Un florilège des années Combat (1945-1951) Maurice Nadeau
Dans l’immédiat après seconde guerre mondiale, Maurice Nadeau fourbit ses premières armes de critiques littéraires dans le journal Combat. La parution en poche d’un florilège, conservant seulement les chroniques sur des écrivains ayant conservé une certaine postérité (Aragon, Camus, Char, Michaux, Sartre, Blanchot, Bataille, Giono, Cioran, Beckett, Lowry...) retrace très habilement un climat intellectuel fait de luttes et de déception, d’exigence et de compréhension, par des lectures toutes de finesse afin d’accompagner les œuvres qui approfondissent notre intelligence du monde. Soixante ans de journalisme littéraire, tome 1, un florilège des années Combat (1945-1951) reste une leçon de critique par l’accroissement du vécu, de sa compréhension, auquel, par une grande simplicité dans la forme et souvent une belle ironie, elle ne cesse d’inviter.
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April 28, 2026 at 6:55 AM
Dansez sans moi Zeruya Shalev

Violente déconstruction des imaginaires maternelles, torturée exploration de leurs inconscients, le premier roman de Zeruya Shalev est un monologue halluciné, une variation absurde et entêtante d’une mère hantée par les peurs, par toutes ses paniques sans doute si…
Dansez sans moi Zeruya Shalev
Violente déconstruction des imaginaires maternelles, torturée exploration de leurs inconscients, le premier roman de Zeruya Shalev est un monologue halluciné, une variation absurde et entêtante d’une mère hantée par les peurs, par toutes ses paniques sans doute si révélatrices de la société israélienne et de notre monde sans réparation. Avec les accents d’une dérision macabre fantastiquement détaillée, avec le concret du cauchemar, avec un humour dont les répétitions désespérées révèlent les obsédants et oniriques enfermements, avec ce ressassement qui fait vaciller la réalité au centre de l’œuvre de l’autrice, Dansez sans moi se révèle un conte cruel sur le sacrifice féminin, sur la schizophrénie de nos conditionnements sociaux, sur nos volitions de sens.
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April 27, 2026 at 7:08 AM
Le mal de Lazare Krishna Monteiro

Dans une très belle interrogation sur la fonction performative du langage, sa capacité à faire advenir une réalité, Le mal de Lazare interroge surtout son aptitude à se soustraire aux bruits de la ville, à proposer, qui sait, une sorte de réparation, une manière…
Le mal de Lazare Krishna Monteiro
Dans une très belle interrogation sur la fonction performative du langage, sa capacité à faire advenir une réalité, Le mal de Lazare interroge surtout son aptitude à se soustraire aux bruits de la ville, à proposer, qui sait, une sorte de réparation, une manière de transitoire représentation, de cette lèpre qui frappe ce conte allégorique, ce récit aux allures éminemment bibliques où se reflètent, dénuement fantastique, la tristesse de survivre presque autant que nos paniques de l’effacement. On découvre avec plaisir la prose de Krishna Monteiro dans cette spéculation sur nos perceptions, sur leurs dédoublements, leur guérison ou permanence, qui, dans l’errance cherche une voix, la possibilité musicale de trouver, fragile et fugace, une place pour la vie.
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April 24, 2026 at 9:10 AM
Rue des Camélias Mercè Rodoreda

Les floraisons d’une femme abandonnée, les errances d’une orpheline dans une Barcelone où balcons et jardins, immeubles et cafés sont autant de prisons, d’enfermement dans la précarité imposée par les hommes, dans les stellaires rêves qui ne permettent pas d’y…
Rue des Camélias Mercè Rodoreda
Les floraisons d’une femme abandonnée, les errances d’une orpheline dans une Barcelone où balcons et jardins, immeubles et cafés sont autant de prisons, d’enfermement dans la précarité imposée par les hommes, dans les stellaires rêves qui ne permettent pas d’y échapper, dans les fragrances des fleurs qui y laissent la trace d’une inatteignable beauté. Tout en empathie, Mercè Rodoreda décrit les flottements de son héroïne, sa ouatée incompréhension, ses mirages et autres fantastiques enchantements – transitoires illusions. Du jardin où elle est recueillie, où elle apprend le nom des plantes et les désirs de fuite, aux autres lieux de sa dépendance,Rue des Camélias se révèle une belle évocation, fugace, de cette beauté qui, matérielle, en dépit de tout fleurit.
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April 21, 2026 at 7:07 AM
Conversation à la Catedral Mario Vargas Llosa

Une mémoire scindée, antagoniste, d’où remonte, dans une conversation de bistro que le roman disperse pour mieux la laisser revenir, toutes les corruptions, le sentiment d’être foutu, du Pérou sous la dictature ordriste. Roman politique d’une belle…
Conversation à la Catedral Mario Vargas Llosa
Une mémoire scindée, antagoniste, d’où remonte, dans une conversation de bistro que le roman disperse pour mieux la laisser revenir, toutes les corruptions, le sentiment d’être foutu, du Pérou sous la dictature ordriste. Roman politique d’une belle fragmentation formelle, de la déception, de la trahison, du masochisme aussi des rôles dans lesquels on s’enferme, Conversation à la Catedral est l’autopsie d’une société et d’un régime par l’exploration des souffrances qu’ils infligent dont les motifs et redondances peu à peu se révèlent, se dédoublent et s’entrelacent. Au-delà d’une forme de résignation assez présente dans la première partie du roman, au-delà de postures politiques de l’auteur que l’on s’use à deviner, Mario Vargas Llosa signe un roman sur l’enfermement dans les classes et castes et sur la fascinante horreur du politique.
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April 10, 2026 at 7:41 AM
La lande Lucie Leloup

Territoire de l’enfance, tellurique arpentage de l’imaginaire qui s’y déploie, des sentiers dessinés par l’usage, par le creusement et le terrassement des labours – bucolique ruralité réappropriée. Dans une intime simplicité, plus portée aux images qu’aux jeux sur les sons,…
La lande Lucie Leloup
Territoire de l’enfance, tellurique arpentage de l’imaginaire qui s’y déploie, des sentiers dessinés par l’usage, par le creusement et le terrassement des labours – bucolique ruralité réappropriée. Dans une intime simplicité, plus portée aux images qu’aux jeux sur les sons, dans l’infra-ordinaire d’une mythologie, dans le réenchantement de l’évanouissement du témoignage oral, Lucie Leloup cercle la ferme parentale, l’espace restreint et ludique de son enfance. La lande découpe, en poèmes en prose, différents lieux et dénomination où dans la boue passe le travail des hommes.
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April 9, 2026 at 6:49 AM
Para Bellum Serge Airoldi

Dans la trompeuse paix où s’ourdit la guerre, dans son omniprésence actuelle, mais surtout dans les béances où s’immiscent nos craintes de la mort, nos vertiges de la disparition, de la dévoration de cette obscurité qui nous guette, Serge Airoldi dans de frappants,…
Para Bellum Serge Airoldi
Dans la trompeuse paix où s’ourdit la guerre, dans son omniprésence actuelle, mais surtout dans les béances où s’immiscent nos craintes de la mort, nos vertiges de la disparition, de la dévoration de cette obscurité qui nous guette, Serge Airoldi dans de frappants, mystérieux parfois, poèmes dessine l’ombre d’une anse, le transitoire d’un refuge dont, déjà, il dit la dissipation. Avec une mélancolique gravité, au seuil d’un renoncement qui ne se franchit pas, à l’écart d’une résignation abandonnée, Para bellum saisit l’opacité de ce qui reste, le fugitif de ce qui nous retient, l’inquiétude d’un moment d’apaisement, peut-être.
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April 8, 2026 at 6:42 AM