Contreforme
banner
thibault.contrefor.me.ap.brid.gy
Contreforme
@thibault.contrefor.me.ap.brid.gy
Cultivez votre imagination et devenez écrivain. contrefor.me

🌉 bridged from ⁂ https://www.contrefor.me/, follow @ap.brid.gy to interact
De ma bêtise.
200 !
J’ai bientôt fini de relire mon manuscrit – j’en ai fait plus de la moitié rien qu’hier, annotant les feuillets sans m’arrêter. Je m’étais laissé une (presque) semaine sans y toucher ni y penser, et ça m’a fait du bien d’y revenir à tête reposée. À deux ou trois détails près, c’est _bon_. J’aurais été incapable d’écrire ce roman s’il m’avait fallu le prévoir, l’anticiper. Mieux vaut découvrir les éléments de son histoire avant de chercher à les relier entre eux ; elle s’est ainsi écrite au fil des semaines, intégrant les hasards de l’inspiration au lieu de les rejeter. Cela lui donne un bel aspect tortueux qui m’évoque, même si ce n’est sans doute pas très vendeur, la spirale Kinski que Werner Herzog décrit dans _Mon pire ennemi_. Je ne le répéterai jamais assez : pour continuer d’écrire, il faut d’abord finir ce que l’on a commencé. Et c’est plus simple, figurez-vous, de finir quelque chose de court, mettons une lettre, puis une autre, et ainsi de suite, jusqu’à tenir un roman. Nous sommes ainsi arrivés au 200e numéro de la lettre _Contreforme_. Pour marquer l’événement, j’ai voulu mettre à jour le design du site, en soigner davantage la typographie (qui était déjà bonne), que tout soit… _parfait_ … Mal m’en a pris : après une nuit d’insomnie passée à régler le moindre détail, pour y penser encore sans trouver le sommeil, j’ai commencé la journée épuisé. Après une autre heure passée à régler les derniers bugs d’affichage, j’ai commencé à prendre des notes pour cette lettre et faire quelques recherches en ligne. Jusqu’à ce que je tombe sur un faux captcha et… oublie de réfléchir… Tant de sites me demandent ces jours-ci de confirmer mon humanité que je finis par ne plus en être si sûr. Avant que je ne comprenne ce qui m’arrivait, mon ordinateur était infecté par une attaque de type clickfix. J’ai eu la présence d’esprit de couper l’accès à internet sans rien faire de plus (comme, par exemple, donner les autorisations d’accès complet au disque qu’on me demandait), sinon éteindre l’ordinateur. Ce qui m’énerve le plus, ce n’est pas tant la malveillance de l’attaque que ma bêtise : c’était _vraiment_ une erreur de débutant, de celles que j’évite d’habitude, quand j’ai bien dormi. J’ai passé le reste de la journée à réparer les dégâts (dans le doute, prévoir le pire) : formater le disque dur, réinstaller macOS puis toutes les mises à jour, et pour faire bonne mesure changer la clé secrète de mon gestionnaire de mots de passe et tous les mots de passe de mes comptes principaux. J’étais content d’avoir activé l’authentification à deux facteurs la plupart du temps. Je ne pensais pas, en choisissant pour cette année le thème du secret, que j’allais être si vite mis à l’épreuve. Cela ne m’aidera sans doute pas à « soigner ma parano ». Dans le meilleur des cas, je ne saurai jamais si les mesures que j’ai prises auront suffi. Aussi, après cette journée bien chargée, me permettrais-je de vous quitter plus tôt que prévu. Je ne manquerai pas de répondre très vite à vos messages. J’ai besoin de prendre un verre et de m’allonger. Qu’on me rende mon sommeil et mon intelligence !
www.contrefor.me
September 15, 2026 at 5:00 PM
Le pire n’est pas la fin.
Diane, 11 h 30, 24 février
Je m’ennuie quand je n’écris pas. Je suis comme Sherlock Holmes, j’ai besoin d’un bon meurtre pour m’occuper et me sentir revivre. Du sang plutôt que la morosité où je sombre. Et comme Sherlock Holmes, je suis d’une ignorance remarquable (au grand désarroi de mon entourage) de tout ce qui ne me permet pas de résoudre une enquête. Le tout est d’oublier ce qui ne peut nous servir, qui est l’essentiel. S’il se respecte un tant soit peu, un écrivain, comme un détective, se doit de devenir un organisme aussi spécialisé qu’il est inadapté à toutes les platitudes du quotidien qui ne relèvent pas de sa sensibilité – « l’infirme qui volait », écrivait Baudelaire. Son expertise peut emprunter à différentes disciplines, mais n’allez pas croire qu’il en devient pour autant un généraliste. Son domaine se limite à lui seul et échappe aux classifications habituelles. De tous les personnages d’enquêteur, mes préférés sont les plus intuitifs. Les Holmes, Poirot et autres Dupin sont trop positivistes à mon goût ; raison et déduction, observation et analyse sont sans doute des qualités intéressantes à cultiver, peut-être même utiles, si on veut impressionner le candide Watson, mais à quoi bon s’intéresser à une enquête si on peut la résoudre, qui plus est de la manière la plus laborieuse qui soit, en relevant des indices ? Vous pensez peut-être qu’avoir raison m’intéresse ? Certains passent toute une vie à réfléchir sans parvenir ne serait-ce qu’à avoir _tort_. Avoir raison ne vaut guère mieux. Les meilleurs problèmes n’admettent pas de solution univoque. Il ne faut pas résoudre l’enquête, mais la maintenir ouverte le plus longtemps possible, afin de s’occuper le temps de trouver un autre mystère à mâcher. Il me semble en effet que les conflits les plus intéressants ne sont pas résolus, mais _gérés_ afin de maintenir la tension entre le supportable et l’insupportable, comme dans l’admirable _Phantom Thread_ (auquel je faisais allusion vendredi dernier – en plus d’être l’homme le plus élégant au monde avec le roi Philippe VI, Daniel Day-Lewis interprète l’emmerdeur que je serais si je m’écoutais un peu). Le pire ne signale pas la fin du conflit, il y a toujours un niveau de perversité et de profondeur supplémentaire, que Paul Thomas Anderson montre avec brio dans ce film. Le couple formé par Daniel Day-Lewis et Vicky Krieps, au lieu de finir par s’entretuer (comme on serait en droit de le penser), découvre qu’il a besoin de se faire souffrir _juste assez_ pour aller mieux. Le tout est de savoir doser le mal pour ne pas tuer le patient. Si ça fonctionne pour eux, qui sommes-nous pour les juger ? De là mon engouement dans _Twin Peaks_ pour l’agent spécial Dale Cooper, qui a trouvé dans ses rêves une nouvelle méthode de déduction et la matière sur laquelle l’appliquer. Il lance ainsi des cailloux sur une bouteille vide pour déceler son premier suspect. Il aime les tartes aux cerises et un bon café noir et brûlant, dont il parle comme on pourrait parler de sexe. Avec sa fougue juvénile, il prend trop de plaisir à enquêter sur cette affaire sordide pour ne pas être légèrement suspect (et très attachant). Il s’intéresse aux vies que mènent les habitants de Twin Peaks, ces gens « bons et décents », avec un entrain et un optimisme qui ont le mérite de ne pas rejouer une énième fois le cliché de l’opposition ville-campagne, FBI-police, etc. David Lynch ne voulait pas révéler le coupable (« Qui a tué Laura Palmer ? »), l’enquête étant plus intéressante que le meurtrier, et la série s’effondre au milieu de la deuxième saison dès qu’il y est contraint par les producteurs de la chaîne de télévision ABC. Cela nous rappelle au passage qu’il faut à tout prix inviter un nouvel antagoniste _avant_ de remercier le précédent, sinon l’histoire met trois épisodes à s’en remettre. J’ai longtemps résisté à _Twin Peaks_ – sans doute y avait-il trop d’arbres (des pins Douglas, Dale, des pins Douglas). Et ce générique ! Mais après avoir regardé les trois saisons, une vidéo d’analyse de 4 h 35 sur YouTube, puis un complément d’1 h 18, et enfin un addendum de 28 minutes (l’analyse est profonde et sans doute juste, mais ça n’a _aucune_ importance), je peux affirmer que la véritable question que pose _Twin Peaks_ n’est pas : « Qui a tué Laura Palmer ? », mais : « Qui est Diane ? » En effet, l’agent spécial Dale Cooper enregistre sur son magnétophone des notes destinées à son assistante, la dénommée Diane, qu’on ne verra ni n’entendra durant les deux saisons originelles. Elle fonctionne comme une sibylle (ou une IA) mutique, à qui Dale Cooper remet le fruit de ses observations, souvent prosaïques ou anodines, mais qui ajoutent énormément de texture au récit et servent de contre-point absurde à l’enquête. L’absence de réponse est volontaire et nécessaire. J’étais presque déçu de découvrir Diane dans la troisième saison sous les traits de Laura Dern (excellente au demeurant, là n’est pas la question). Heureusement, _Twin Peaks_ étant _Twin Peaks_ , on ne tardera pas à découvrir qu’elle n’est pas tout à fait elle-même. Comment le pourrait-elle ? Comme tout le reste de la série, elle n’est peut-être qu’un rêve. Mais le rêve de qui ? > Diane, 11 h 30, 24 février. J’entre dans la ville de Twin Peaks.
www.contrefor.me
September 11, 2026 at 5:01 PM
Et continuer d’écrire.
Savoir s’arrêter
Demain 9 septembre, cela fera un an jour pour jour que j’ai écrit et publié ici-même les premières phrases de mon prochain livre, désormais terminé. On y suit l’errance mexicaine d’un réalisateur qui m’est cher, Kijū Yoshida, lui-même à la poursuite d’un samouraï qui passait par là au XVIIe siècle. Appelons-le roman, pour nous rappeler qu’il ne faut pas y croire, puisque croire une fiction, c’est la nier. – Mais comme toute chose est aussi autre chose, il n’est bien sûr pas que ça, et devient tour à tour essai et critique, autoportrait en creux, faux souvenir d’égotisme, ekphrasis d’œuvres d’art plus ou moins avérées, mise en abyme des unes et des autres, et enfin vrai roman. Ça tient bizarrement bien, et en 150 pages, la limite que je m’étais fixée d’instinct, pour une fois sans me tromper. Le livre prend la forme d’un triptyque qui, une fois refermé, révèle les deux volets du récit cadre, respectivement le prologue et l’épilogue du roman. Ils constituent peut-être (et malgré les apparences) sa part la plus fictive. À l’inverse, c’est dans la partie consacrée à Yoshida que j’ai pu me montrer le plus personnel. (Pourquoi me faut-il être si contourné dès que je souhaite m’exprimer ?) Contrairement à ce que je pensais au début de la réécriture, j’ai dû séparer plus nettement que je le souhaitais ces deux histoires. L’alternative aurait été d’insérer des fragments du récit cadre au beau milieu de la partie mexicaine, elle-même déjà menacée de l’intérieur par les remémorations de son protagoniste, qui fait le point sur sa vie en espérant trouver une nouvelle direction à lui donner. Ça n’avait aucun sens. Le panneau central du triptyque, consacré à l’enfance de Yoshida, en aurait été par ailleurs immanquablement morcelé. Or il m’importait de n’en faire qu’un tout compact sur lequel trébuche le protagoniste avant de retrouver son équilibre. Je voulais par-dessus tout que l’on passe d’un moment à l’autre avec le plus de naturel possible. Tout l’enjeu de ma narration était de suivre, de manière oblique et indirecte, les doutes et les réminiscences de Yoshida, qui font écho à ceux de mon narrateur. Les deux bouts du récit cadre se retrouvent ainsi très éloignés l’un de l’autre, mais je préfère une cassure franche à une mauvaise couture. Tout le livre ne tient que par un rappel d’images. Il ne me reste plus qu’à le relire _une dernière fois_ pour aplanir d’éventuelles aspérités, avant de comprendre comment mieux en parler. Et bien sûr, maintenant que je suis arrivé, je serais bien incapable de refaire le chemin en sens inverse pour vous expliquer comment j’ai fait. La clé que l’on devient est à usage unique. Mais d’abord, à quoi reconnaît-on que l’on est arrivé ? Outre une déperdition certaine d’énergie, qu’il ne faut pas sous-estimer, il me semble le comprendre à ce que les possibilités que recelait l’histoire commencent à se refermer, même celles que l’on n’a pas eu le temps d’explorer. Préférez ainsi une histoire parfaite et partielle à une histoire complète et ratée. (Il faut choisir, elle ne peut pas être complète _et_ parfaite à la fois. Jetez par-dessus bord tout ce que votre sensibilité ne saurait appréhender. Les fragments ainsi abandonnés seront beaucoup plus évocateurs par leur absence que tout ce que vous auriez pu écrire. Et puis, laissez-en un peu aux autres, c’est la base de la politesse.) Les différents morceaux se mettent ainsi en place, adhèrent de plus en plus les uns aux autres ou développent le tissu conjonctif qui leur manque. Alors qu’on croyait ne pas en voir le bout, on finit soudain par ne plus pouvoir bouger. Il est temps de se retirer. Je vais devoir réapprendre à vivre, retrouver le sommeil, ranger mon bureau, peut-être même fêter ça. Que fait-on déjà quand on n’écrit pas ? Bah, je préfère commencer un nouveau livre, mais ce sera le sujet d’une autre lettre.
www.contrefor.me
September 8, 2026 at 5:03 PM
Ce qu’il m’en coûte d’écrire un livre.
Un peu moins humain
Je m’approche du moment (mardi prochain ? mardi prochain) où je pourrai imprimer mon manuscrit, le relire une dernière fois et commencer à me poser la question suivante : comment parler du livre que vous venez d’écrire ? (Parce que vous pensiez, grand naïf, en avoir fini avec lui, peut-être même avoir fait le plus dur ?) Écriture et réécriture fonctionnent à des rythmes différents ; la première est vive et alerte, parfois cavalière, souvent gaie et de bonne compagnie, quand l’autre est lente et consciencieuse, un peu morose, peut-être trop. (Sebastian Knight, travaillant à un poème, en est l’archétype : « … encore au lit, couché en chien de fusil comme un enfant endormi, mais fumant d’un air sombre, de la cendre de cigarettes répandue sur son oreiller froissé et des taches d’encre sur le drap qui pendait jusque sur le sol. À mon salut énergique, il ne répondait que par un grognement, sans même daigner changer de posture, si bien qu’après avoir tournaillé un moment et m’être assuré qu’il n’était pas malade, je m’en allais déjeuner ; puis je lui faisais une nouvelle visite, mais le trouvais toujours couché, ayant simplement changé de côté et utilisant une pantoufle comme cendrier. » J’espère quand même être de meilleure composition que lui.) Si on laissait la réécriture agir à sa guise, elle en oublierait presque que pour continuer d’écrire, il faut d’abord finir ce que l’on a commencé. Ne pas forcer la réécriture, mais insister tendrement. Passer à quelque chose qui résiste moins avant de revenir à un passage difficile. Laisser l’inconscient travailler en sous-main. Répéter. Plus le rythme est lent, plus l’anxiété croît. De là l’intérêt de fonctionner par incréments de 1 000 mots, deux fois par semaine. Le stress se ressent peut-être davantage quand vous devez envoyer une lettre le soir même et ne savez pas par où commencer (allez, c’est aussi cette tension qui vous attire et vous stimule), mais l’angoisse est plus intense durant la réécriture, sans rien pour la contenir que votre propre goût. Et plus on a de goût, plus c’est difficile. Ce ne sont que des contraintes qui s’empilent sur d’autres contraintes, les unes et les autres se contredisant parfois, éloignant d’autant plus toute possibilité de compromis. Vous êtes bientôt encerclé et vous devez vous résoudre à opérer une percée, mais où ? Il n’y a personne alentour pour vous conseiller. Non pas qu’il n’y ait personne, mais Rilke avait raison : personne ne peut vous aider. Ce sont des décisions que vous seul pouvez et devez prendre, car vous seul avez tout le livre en tête, prêt à se déliter à la moindre inattention. Il ne tient que par un effort de concentration exceptionnel de votre part, qui vous isole et vous change. Et je crois qu’à chaque livre écrit, on devient un peu moins humain, à force de condenser sa sensibilité dans cet objet qui est censé nous survivre (horcruxe est le terme que je cherchais), dans un égoïsme qui serait affligeant s’il n’était désintéressé – c’est pour le livre, ne cesse-t-il de se répéter. Je me suis forcé cet été à jouer à un extraction shooter pour penser à autre chose. L’idée était de se surcharger l’esprit d’une multitude d’informations pressantes et laisser ainsi l’inconscient musarder pendant que je décimais d’autres joueurs (ou plus vraisemblablement que je mourais encore et encore et encore). Mais même l’intense concentration que requiert ce genre de jeu n’a pas suffi à m’éloigner longtemps de mon livre. Sa boucle de gameplay était encore une manière de me ramener à l’écriture – s’infiltrer et piller ce que l’on peut du butin découvert sur les corps de nos ennemis, ou dans les ruines grandioses de cet avant-poste humain, avant de s’exfiltrer et recommencer, mieux armé et préparé, n’est-ce pas similaire aux plongées dans l’inconnu que sont nos improvisations ? Puis vint la canicule. La torpeur où ça vous plonge. C’est assez vexant de découvrir que tout nos talents ne tiennent peut-être qu’au climat tempéré où nous avions l’habitude de vivre. Et au silence et à la solitude (surtout point trop de mouvement). La solitude est la meilleure chose qui vous arrive quand vous écrivez. C’est aussi la pire. Vous continuez pourtant à éprouver un grand plaisir à écrire. Je vais pouvoir couper Interpol, dont j’écoute en boucle depuis hier matin la première piste de leur dernier album, _This Mirror Weighs a Ton_ : > But the maniac in your head > Still sleeps in archways > Alone as an act of faith À mardi prochain.
www.contrefor.me
September 4, 2026 at 5:01 PM
Toute chose est aussi autre chose.
Le secret
Virginia Woolf le répète plusieurs fois dans son œuvre : toute chose est aussi autre chose. Et même beaucoup de choses. Une infinité de choses – c’est d’ailleurs la définition que donne Susan Sontag d’un symbole fécond : on peut lui faire dire tout et son contraire. Il est _ambivalent_ , irréductible à un sens univoque. Dans _Vers le phare_ , quand le jeune James revient sur l’île de Skye (qui ne ressemble en rien à l’île de Skye) et revoit le phare où il voulait se rendre enfant, différentes visions du même phare se superposent sans se contredire, car « rien n’était simplement une chose » (_For nothing was simply one thing_ , traduit par Françoise Pellan). Dans _Orlando_ , le personnage éponyme, devenu femme (« Mais à tout autre égard, Orlando restait exactement tel qu’il avait été »), se prend du « mal anglais » d’aimer la Nature et transfigure la moindre colline en gorge de colombe : « Tout, en fait, était quelque chose d’autre » (_Everything, in fact, was something else_ , traduit par Jacques Aubert). Où l’on voit que l’on perd à la traduction un élément essentiel de la version anglaise : la répétition qui invite à ressasser la phrase et en scelle la tournure mémorable. Toute chose est aussi autre chose. Que James le voit à 6 ans comme « une tour argentée, d’aspect brumeux, avec un œil jaune plein de douceur » ou à 16 comme une « tour, austère et droite […] rayée de blanc et de noir », c’est le même phare. Cette vision – double, triple, multiple – d’une réalité unique et indivisible, qui l’enrichit sans la faire s’effondrer, est le fondement même de l’imagination, privilège d’agrandir le monde au lieu de le répéter. C’est ce qui vous donne envie de vivre. Ainsi, écrire sur une chose revient à percevoir l’aura de possibilités qui l’entoure, ou au moins l’une d’entre elles, cette autre chose qu’elle est à son insu, et chercher à la faire advenir. Mesurer la réalité, c’est la changer. La question à se poser avant d’écrire est donc : qu’est-ce qui vous intéresse vraiment ? Et je ne parle pas d’un vague intérêt, d’une curiosité momentanée qui se tient à bonne distance, qui n’engage à rien, mais de quelque chose qui vous obsède au point de vouloir écrire dessus. Qui vous transforme pour vous donner l’intelligence et le courage d’écrire dessus. Chacun est la clé d’une serrure qu’il lui incombe d’inventer. Un manque de profondeur est avant tout un manque d’intérêt, non pas de la part du lecteur, mais de l’auteur, qui cherche à aller trop vite et en oublie de regarder ce qu’il a sous les yeux. Signe évident (mais utile à préciser) que l’on se trompe de serrure : si vous n’avez rien à dire sur quelque chose, n’en parlez pas. Vous éviterez maintes platitudes. La douleur est un autre signe d’égarement ; vous parviendrez peut-être à forcer une serrure qui n’est pas la vôtre, mais pourquoi aller où vous ne serez jamais à l’aise, quand on peut découvrir les trésors que l’on porte en soi (et qu’on est seul à porter) ? La joie que l’on a d’écrire est la plus sûre conseillère. Le but n’est pas de raconter une énième histoire, de seulement varier les circonstances, costumes et décors d’un drame vu mille fois, mais de réaliser le potentiel latent d’une chose, de _l’éclore_. Et comme tout poète le sait, de devenir cette chose pour mieux la ressentir. C’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile – à comprendre d’une part, à réussir d’autre part. Plus j’écris, moins je cherche à anticiper ce que je vais faire. Je me contente, tel un détective, de relever et suivre des traces intéressantes, le plus souvent laissées par autrui ; de remarquer les choses qui méritent d’être développées ou rapprochées ; je tire sur un fil qui dépasse et vois où ça me mène, _comme si je n’y étais pour rien_. L’un des charmes d’une histoire improvisée est qu’elle semble s’écrire toute seule, ou semble déjà exister. Le crime a déjà été commis, vous n’avez plus qu’à appréhender le meurtrier (qui, il faut bien l’avouer, a fait tout le travail). Notez bien que, si l’écrivain enquête, ce n’est pas sur des secrets de roman policier, où résoudre le crime revient à trouver le coupable, mais sur des secrets sans fond, inépuisables comme la condition humaine, délicieusement ambivalents, où très souvent détective et criminel ne font qu’un. Cela revient aussi à dire qu’écrire, c’est laisser des traces pour plus tard, pour soi-même (journal, notes) ou autrui (lettres, livres). Trouvez vos précurseurs, inventez-les si besoin, et laissez à un bel inconnu le soin de vous réinventer. Le plus important est de continuer une chose, qu’elle ne soit pas seulement elle-même. La forme du livre, si livre il y a, viendra plus tard. Ainsi pour cette cinquième année, je ne me donne que ce vague mot de _secret_ comme unique thème autour duquel tournoyer. Pour finir, deux annonces : * vous recevrez dorénavant deux lettres par semaine, quel que soit votre abonnement ; * j’ai mis en place un nouvel espace réservé aux membres du club, où je compte poursuivre notre travail sur l’improvisation et l’ouvrir encore plus à l’inattendu. Rappelez-vous : le travail est mystérieux et important.
www.contrefor.me
September 1, 2026 at 5:00 PM
Ce n’est qu’un jeu, après tout.
Appréciez le processus
La part la plus cruciale de l’écriture est de réussir à apprécier le processus plus que le résultat. Et si j’en crois les plaintes de certains écrivains (et parmi les meilleurs), ce n’est pas la part la plus aisée. Écrire est difficile, mais cela ne veut pas dire qu’il faut souffrir pour bien écrire. N’écoutez pas les doloristes, n’imitez pas leurs mortifications ; s’il y a une chose à retenir de ce que je vous raconte le jeudi soir, c’est de prendre plaisir à écrire. Cela n’empêche pas l’effort, la rigueur, un soin extrême apporté à tout ce que l’on fait, mais il faut en même temps se retenir de _chercher_ à bien écrire. Bien écrire ne veut rien dire (il y a une infinité de manières de bien écrire, laquelle est faite pour vous ?), et puis ce n’est pas le but. Comme dans le zen, on ne pratique pas la méditation pour mieux méditer, seulement pour méditer. Être présent à sa propre pratique est plus important que le résultat de cette pratique. Et sans doute qu’à la longue vous vous améliorerez, mais ce n’est pas pour ça que vous le faites sur le moment. Vous êtes là pour vous amuser, n’est-ce pas, pour voir où vous mèneront les folles pensées qui vous agitent. Je ne joue pas aux Lego pour m’améliorer, seulement pour calmer mes nerfs (officiellement pour jouer avec mes filles), mais je suis devenu plus inventif et astucieux à force de jouer – je finirais sinon par m’ennuyer. Si vous voyiez mes constructions ! Écrire ne devrait pas être plus compliqué que ça. C’est à peine si je m’autorise, en commençant un nouveau projet, à penser au livre éventuel que cela pourrait donner. _Projet_ est plus vague, plus ouvert, plus flexible. Ce que j’essaye de capter quand j’écris ces lettres, ce sont les étranges conversations que mon esprit peut avoir avec lui-même, dans l’indifférence de toute autre préoccupation. Je ne veux même pas savoir si cela va tomber du côté du roman ou de l’essai. J’écris l’un avec les outils de l’autre, et inversement. Toute limite étant arbitraire, les seules frontières qui existent sont celles que vous décidez d’accepter. Vous pouvez même en inventer de nouvelles, si elles servent vos desseins. Je ne cherchais pas à écrire ce roman en particulier avant de m’y enfoncer peu à peu, puis d’y plonger pour de bon. Il faut berner sa conscience en lui faisant croire que ce n’est qu’un jeu – et ça l’est – tout en voulant en faire une vie. Le plus difficile est peut-être d’avoir envie de remonter de l’espace intérieur qu’on a mis tant de temps à excaver en soi, pour retrouver la lumière du jour. On pressent que l’extérieur n’est pas plus intéressant que l’intérieur. Je me ferai sans doute plus discret dans les semaines et les mois à venir, pour pouvoir me consacrer à la réécriture de mon roman et à notre atelier 100 jours pour écrire. À ce sujet, la première session (gratuite) s’est tenue hier, sans plaintes ni douleurs. Si vous souhaitez vous inscrire, vous avez encore jusqu’à dimanche minuit pour le faire et m’envoyer votre Google Docs.
www.contrefor.me
May 1, 2026 at 5:00 PM
Mille mots vous mèneront loin.
Jusqu’à dimanche
Vous avez jusqu’à dimanche minuit pour m’envoyer les 1 000 premiers mots de l’histoire que vous souhaitez travailler avec moi durant ces 100 jours pour écrire, mon atelier d’écriture estival. Rappelez-vous, mon premier retour est gratuit, et votre participation à cette session inaugurale est sans engagement pour la suite. Ce début n’a pas besoin d’être parfait – eh, il n’a même pas besoin d’être bon, seulement d’exister pour que vous puissiez continuer d’écrire par-dessus. À la fin, après toutes les phases de réécriture, il n’en restera peut-être qu’un paragraphe, mais ces 1 000 premiers mots, aussi imparfaits soient-ils pour le moment, sont les plus importants, car ce sont eux qui vous permettront d’écrire tous les autres. L’idée est de comprendre ce que l’on fait au fur et à mesure qu’on l’écrit, au lieu de présumer d’un livre qui n’existe pas encore. Rien n’est fixe, tout peut encore changer, c’est la beauté de l’inconnu et sa terreur. Mais parce qu’on ne sait jamais ce que l’on ne sait pas, il faut continuer d’écrire jusqu’à la fin pour trouver le sens le plus profond de ce que l’on fait. Vous n’avez pas non plus besoin d’inventer beaucoup. Si vous ne savez pas encore quoi écrire, il suffit parfois de regarder autour de soi, ou d’écouter la conversation à la table d’à côté, pour se mettre à « déplier » un détail anodin qui, à la réflexion, ne l’est pas tant que ça. On n’invente pas autant qu’on le croit : on observe, on transpose délicatement, on retouche ou retranche certains faits pour orienter l’ensemble selon une perspective qui a du sens. Cela suffit très souvent. Les histoires ne manquent pas, et l’atelier sera l’occasion d’observer votre quotidien pour y trouver celles qui s’y cachent. Un rappel sur les tarifs, pour ceux d’entre vous qui sont membres du club : si vous êtes au forfait Club+, l’atelier est inclus dans votre abonnement, sans frais supplémentaires. Si vous êtes au forfait Club, vous bénéficiez d’une remise équivalente à votre abonnement sur la durée de l’atelier, soit jusqu’à **207 € de remise** , et un atelier qui peut vous revenir à **seulement 90 €**. Pour les autres, l’atelier est à **297 €**. Dans tous les cas, la marche à suivre est la même : écrivez vos 1 000 premiers mots et envoyez-moi votre Google Docs avant dimanche minuit, par email ou les voies habituelles pour les membres du club. Rendez-vous jeudi prochain (le 30 avril, à 21 heures) pour en discuter. J’enverrai aux participants un lien pour se connecter à la réunion.
www.contrefor.me
April 24, 2026 at 5:00 PM
La réalité ne suffit pas.
Un instinct pour l’imagination
Je suis en train de relire, dans la salle d’attente bondée du cabinet de radiologie (pas d’inquiétude, rien de grave), _Slouching Towards Bethlehem_ de Joan Didion. Ou plutôt feuilleter, et mollement qui plus est ; je subis encore le contrecoup de ma présentation d’hier soir (sur _Amuleto_ , de Roberto Bolaño – splendide divagation, quoiqu’incertaine – l’enregistrement sera bientôt disponible). Les relectures ont ceci d’agréables que l’on sait d’avance où l’on va, et bientôt nos passages préférés nous happent à nouveau. Les griffonnages que nous y avons laissés, pareils aux hiéroglyphes des _hobos_ (je suis passé par là, lieu sûr, hôte accueillant), forment un canal de communication clandestin entre notre moi passé et son moi futur (nous). Dans « On Keeping a Notebook », Didion regrette son manque d’« instinct pour la réalité » (« _which I sometimes envy but do not possess_ »). Elle ne devrait pas – la réalité n’est pas tout, on peut même dire qu’elle est très incomplète. Tant de possibilités attendent de se réaliser. Elle est fort mal fichue, cette chose émaciée qu’on voudrait nous voir reproduire dans nos romans. Les écrivains existent pour lui adjoindre sa contrepartie imaginaire et rendre à la vie toute sa complexité. Écrire, c’est creuser un trou dans la réalité. En écarter les bords et creuser encore. La fabrique du monde est par endroits si carencée qu’on ferait bien de regarder où l’on met le pied. Des trous jusqu’en bas ! Pour un peu, on se retrouverait dans l’océan Pacifique. La mémoire sait où regarder, qui saute par-dessus les vides et s’exprime par ellipses, comme Didion quand elle évoque sa jeunesse new-yorkaise : « j’entre par une porte à tambour à vingt ans et j’en ressors beaucoup plus vieille et dans une rue différente », car « c’est ainsi que m’apparaissent aujourd’hui ces années-là, en une longue séquence de fondus-enchaînés sentimentaux ». On a tendance à voir l’imagination comme une faculté de l’esprit, quelque chose qui vient de l’intérieur et que l’on projette ensuite plus ou moins bien dans le monde. Peut-être. Mais l’imagination est aussi tout autour de nous, une superstructure invisible qui rapproche certains lieux, certains temps, et nous affranchit des limitations matérielles. William Burroughs écrivait à ce sujet : > Je ne suis pas l’American Express… Si on voit un de mes personnages flâner dans une rue de New York habillé en bourgeois pour le retrouver, à la phrase suivante, agenouillé sur le sable de Tombouctou […], on peut en déduire que le type […] s’y est transporté de lui-même par les modes usuels de communication… — William Burroughs, « Postface atrophiée », in _Le Festin nu_. C’est une immense soustraction, qui préserve du monde le peu de sens qu’on daigne y trouver, fabriqué de toutes pièces la plupart du temps. Je marque ma page avec l’ordonnance du médecin, bientôt remplacée par la carte plastique avec le QR code pour accéder à mes résultats, que je suis certain de perdre si je ne la retire pas d’ores et déjà du livre. Comme Didion, mon rapport au quotidien est au mieux négligent, au pire absent. * * * Si vous souhaitez développer « un instinct pour l’imagination », participez à mon atelier 100 jours pour écrire. Mon premier retour est gratuit. Inscrivez-vous
www.contrefor.me
April 17, 2026 at 5:01 PM
Atelier d’écriture en ligne à partir du 30 avril.
100 jours pour écrire
Vous ne comptez plus les histoires que vous avez commencées sans jamais en finir aucune ? Ce qui vous manque, ce n’est pas l’inspiration, mais une pratique régulière, et un regard extérieur pour vous aider à progresser. C’est précisément ce que je propose dans l’atelier **100 jours pour écrire**. ## Finir pour réécrire J’ai réussi en 7 mois ce que j’avais échoué à faire en 10 ans : écrire mon second roman. Pendant 10 ans, je l’ai cherché. J’ai suivi d’innombrables pistes, exploré plus d’idées que je ne saurais me rappeler, se soldant toutes par de nouvelles déceptions. De fausses pistes en faux espoirs, j’ai souvent eu envie d’abandonner. Le pire était que _je ne faisais pas rien_ ; au fil des ans, j’ai écrit plusieurs centaines de pages, que je peux désormais supprimer sans le moindre regret – mon roman n’y était pas. Et plus j’écrivais, moins la fin semblait proche. Or, un roman inachevé ne vous apprend rien sur lui-même, c’est-à-dire sur la manière de le réécrire pour qu’il devienne _meilleur_. Le dénouement n’est pas seulement la fin d’une histoire, mais le début de sa réécriture _à rebours_ , en fonction des niveaux de sens inédits que l’écriture vous aura révélés, et qui dépassent toujours vos intentions de départ, comme si le roman se mettait soudain à vous dicter sa propre forme. En un sens, on est réécrit par ce qu’on vient d’écrire. ## Écrire pour finir Pendant les 3 premiers mois, de septembre à octobre, j’ai écrit à une cadence modeste d’environ 1 000 mots par semaine (parfois plus, parfois moins), en général écrits en l’espace d’une journée. Ça n’a rien d’extraordinaire, mais je m’y suis tenu, essayant à chaque fois d’écrire quelque chose qui se tienne, avec un début, un milieu et une fin – bref, de retrouver à l’échelle d’une scène la forme close d’un livre. À partir de décembre, j’ai doublé la cadence pendant un peu moins de quatre mois, avec deux séances d’écriture hebdomadaires. Le résultat, bien qu’encore disjoint, est remarquablement bon si je le compare à mes tentatives précédentes. Il reste du travail, mais la matière est là, et je sais désormais où je vais. Dix ans de tentatives infructueuses. Sept mois de pratique régulière. La différence n’est pas dans l’inspiration : elle réside dans le fait de finir ce qu’on a commencé. Tracer un contour et le remplir, semaine après semaine. ## Continuez d’écrire Je suis persuadé que si l’on ne sait pas écrire, c’est avant tout par manque de pratique et de persévérance. On renonce toujours _trop tôt_ , persuadé que l’on ne sait pas écrire. Si je ne parle pas japonais, c’est parce que je n’ai jamais appris cette langue, et non parce qu’elle n’est pas faite pour moi. Le talent n’est pas inné, il s’acquiert par une pratique délibérée et répétée, avec la patiente exigence de l’écrivain qui se construit dans le temps. Rappelez-vous Degas : > Il faut avoir une haute idée de son art, non pas de ce qu’on fait, _mais de ce qu’on pourra faire un jour_ ; sans quoi ce n’est pas la peine de travailler. – Degas à Ernest Rouart, in Paul Valéry, _Degas Danse Dessin_. J’ai conçu l’atelier **100 jours pour écrire** selon cette conviction : on ne devient pas écrivain en attendant d’être prêt. On le devient en écrivant. Des retours constructifs et réguliers ne feront qu’accélérer vos progrès. ## Comment fonctionne l’atelier À partir du 30 avril, et pendant 14 semaines, nous nous retrouverons en ligne et en direct tous les jeudis soirs à 21 heures (heure de Paris), pour une session de retours d’environ 90 minutes. Je partagerai mon écran et passerai en revue les écrits de chacun, vous sollicitant au passage pour éclaircir tel ou tel point. Je vous préciserai à chaque fois ce qui fonctionne et ce qui reste à améliorer ou approfondir. Les séances seront enregistrées et accessibles en ligne dès le lendemain, pour que vous puissiez les réécouter à tête reposée. Participer à l’atelier, c’est s’engager à écrire jusqu’à 1 000 mots par semaine, soit quelques heures de travail à répartir à votre convenance (écrire par exemple une demi-page par jour). Tous les dimanches avant minuit, vous m’enverrez un lien vers votre Google Docs, sans oublier de le partager avec les droits d’accès « commentateur ». (Pensez aussi à y faire figurer votre nom complet sous le titre.) Au bout de 14 semaines, vous aurez : * écrit plus de 50 pages d’une histoire qui avance dans la bonne direction ; * reçu des retours adaptés à votre niveau ; * pris l’habitude d’écrire – une fois installée, cette pratique hebdomadaire ne vous quittera plus. ### Informations pratiques * **Première session :** jeudi 30 avril à 21 heures. * **Premier texte à envoyer** : avant le dimanche 26 avril minuit. * **Durée :** 14 semaines. (Dernière session : 30 juillet.) * **Format :** 100 % en ligne – Google Docs + vidéoconférence hebdomadaire, soit 14 séances enregistrées et consultables à vie. * **Tarif :** 297 €. _Les places sont limitées pour garantir la qualité des retours. Les membres du_ club d’écriture_sont prioritaires._ * * * #### 100 jours pour écrire Écrivez 1 000 mots par semaine pendant 14 semaines, et recevez un retour constructif sur votre histoire en train de s’écrire. Atelier d’écriture en ligne à partir du 30 avril. 297 € Mais avant que vous ne cliquiez sur le bouton, j’aimerais vous proposer quelque chose : **un premier retour gratuit**. Si vous m’envoyez par email vos 1 000 premiers mots avant le dimanche 26 avril minuit, je m’engage à vous faire un retour gratuit lors de notre première session du jeudi 30 avril. Vous vous engagez de votre côté à y assister. Vous pourrez ainsi apprécier l’atelier à sa juste valeur et vous inscrire pour les 13 semaines restantes si le cœur vous en dit.
www.contrefor.me
April 10, 2026 at 5:00 PM
Continuez d’écrire & finissez ce que vous avez commencé.
De retour avec une surprise
Depuis que nous nous sommes quittés il y a 4 mois, j’ai fini d’écrire mon second roman, et il est beau comme un enfant qui dort. Il me _reste_ désormais à le réécrire. Non pas qu’il soit mal écrit (ce n’est pas la question : un livre bien écrit peut très bien ne pas fonctionner pour autant), mais maintenant que je tiens mon image de fin, une quarantaine de lettres (et d’innombrables cafés) après avoir commencé, je peux réorienter les scènes existantes vers ce dénouement, équilibrer les différents récits qui se croisent et se répondent, travailler les transitions, et écrire le cas échéant les quelques scènes qui manquent encore. Bref, écrire à rebours de la fin, car les meilleurs plans sont conçus a posteriori. Je consulte mes Notes pour un dégel (mars-juin 2024) et m’aperçois deux ans après que toute mon approche y figurait déjà. Je venais de comprendre que l’important n’était pas d’essayer de bien écrire (cela a tendance à fausser votre sensibilité), mais de continuer à écrire jusqu’à savoir écrire. Non seulement continuer, mais finir ce que l’on a commencé en s’accordant le moins de temps possible. Et bien sûr, commencer avant de comprendre ce que l’on fait. C’est exactement l’anti-programme que j’ai suivi pour accomplir en 7 mois ce que j’avais échoué à faire en 10 ans (ne renoncez pas !), à ce détail près que je n’aurais pas pu écrire ce livre en public. Le processus était trop sinueux et inintelligible d’une semaine à l’autre pour le soumettre à l’attention générale. Seuls les membres étaient conviés à m’accompagner dans cette découverte progressive de ce que je voulais écrire et, depuis la semaine dernière, de la manière dont je souhaite le réécrire. Il n’y a jamais eu de meilleur moment pour soutenir mon travail et accéder au « verso » de l’écriture. Écrire un livre n’est pas compliqué, seulement affreusement complexe. C’est notre manque de lucidité qui complique ce qui devrait être simple. J’ajouterai que ce que vous écrivez doit vous surprendre, sinon vous ne descendez pas assez en profondeur. On écrit aussi pour contredire ses intentions de départ. C’est pourquoi ne pas savoir d’emblée ce que l’on fait n’est pas si grave, puisque de toute manière c’est amené à évoluer en cours de route. Tout peut changer, si les trouvailles sont assez belles pour réorienter le livre. Cela exige de nous une curiosité inlassable pour ce que nous écrivons. Il n’y a vraiment que deux choses à faire pour devenir écrivain : * lire beaucoup ; * écrire beaucoup. Je compte organiser de mai à juillet un atelier d’écriture en ligne pour mettre en pratique cette approche libre et spontanée de l’écriture. Le but sera d’écrire **1 000 mots par semaine pendant 100 jours** , de quoi produire une cinquantaine de pages et vous orienter dans l’écriture de votre prochain roman. Si cela vous intéresse, écrivez-moi par retour d’email pour m’en dire un peu plus sur votre projet et les difficultés que vous rencontrez. Merci de votre confiance.
www.contrefor.me
April 3, 2026 at 5:00 PM
Tout malheur a une fin. Tout bonheur aussi.
Constance peut attendre
Nous n’avions qu’à traverser le fleuve. Un simple trait sur la carte ; une fois franchi, nous passerions deux semaines à ignorer le reste du monde. Claire et moi étions sans doute un peu nerveux, ce serait la première fois que nous passerions autant de temps ensemble, au risque de ne plus nous supporter au bout de 48 heures. Amants de peu de foi, pourquoi fuir le bonheur quand il est là ? Nous comptions visiter plusieurs villes du Bade-Wurtemberg, enfin, plusieurs musées de ces villes (plus les châteaux de Heidelberg, Hohenzollern et Sigmaringen), avant d’atteindre le lac de Constance. Si la vie pouvait n’être qu’une longue flânerie dans un musée, avec peut-être quelques trains pour passer d’une salle à l’autre, et un lit prêt à nous accueillir au moindre désir… Et des livres. Vous voyez, je peux me montrer fort raisonnable. J’avais tout prévu, itinéraires, hôtels, et jusqu’aux restaurants. J’ai conservé dans un dossier de ma messagerie le détail de mes réservations, mais je n’ai pas eu le cœur d’en annuler aucune. J’ai cru jusqu’à la fin que je la retrouverais sur le quai de la gare. ### This post is for subscribers only Become a member to get access to all content Subscribe now
www.contrefor.me
February 24, 2026 at 6:00 PM
Antonin Artaud et son double
En quête d’une continuité perdue.
www.contrefor.me
January 23, 2026 at 6:03 PM
Contre-Terre appelle la Lune
Les vivants hantent les morts.
www.contrefor.me
January 16, 2026 at 6:00 PM
Une chute dans le temps
Note pour plus tard.
www.contrefor.me
January 13, 2026 at 6:10 PM
L’âme collective de ce lambeau d’ombre
Double prémisse.
www.contrefor.me
November 28, 2025 at 6:00 PM