A Madagascar, Andry Rajoelina perd la bataille de la rue
A Madagascar, Andry Rajoelina perd la bataille de la rue
Le président malgache n’est pas parvenu, samedi, à mobiliser ses partisans, pour manifester leur soutien, après dix jours de soulèvement de la génération Z.
La contre-offensive lancée par Andry Rajoelina pour tenter de désamorcer la contestation de la jeunesse qui, depuis dix jours, défie son autorité se jouait dans la rue, samedi 4 octobre. Pour la première fois depuis le début du mouvement lancé par la génération Z, les habitants de la capitale Antananarivo avaient été appelés à marcher en soutien au président. L’opération n’est cependant pas parvenue à drainer les foules. LeMonde
Madagascar : les partisans du président et les protestataires s'opposent à distance à Antananarivo
Marche contre marche, soutiens au gouvernement malgache et contestataires se sont mesurés samedi à distance dans Antananarivo où les manifestants demandant le départ du président Andry Rajoelina, plus nombreux, ont été dispersés par des tirs de gaz lacrymogène, a constaté l’AFP.
Au dixième jour du mouvement de contestation secouant Madagascar, un millier de jeunes Malgaches, mobilisés par le mouvement en ligne Gen Z, ont fait face aux forces de l’ordre dans la capitale.Il a fallu des dizaines de grenades lacrymogènes et des véhicules blindés pour repousser les manifestants voulant accéder dans le centre d’Antananarivo au symbolique jardin d’Ambohijatovo, surnommé « Place de la démocratie » pour son importance dans la vie politique malgache.
« Tu vois ce qu’ils nous font ? C’est à cause du président que les gendarmes attaquent les jeunes », maudit Diary Tombontsea, lycéen de 17 ans pour qui Andry Rajoelina est devenu un symbole de détestation.
« Il se fout complètement de nous. Je n’ai pas eu de professeur de math ni d’histoire-géo pendant trois mois parce qu’il ne paie pas les profs », se plaint l’adolescent.
"Voilà dans quoi il met l'argent", tonne le lycéen en montrant la ligne de téléphérique inaugurée en juin pour un coût de 152 millions d'euros. L'une de ses stations a été incendiée au premier jour du mouvement, le 25 septembre.
"C'est trop cher !", dit-il en référence au prix du billet, de 3 000 à 5 000 ariarys (60 centimes à un euro) dans ce pays où 80 % de la population au moins vit avec moins de 15 000 ariarys par jour (2,80 euros), le seuil de pauvreté de la Banque mondiale.
Plus tôt, des centaines de manifestants avaient été refoulés par une cinquantaine de gendarmes dans le quartier d'Ambondrona. Une manifestante y brandissait une pancarte exhortant "Rajoelina, dégage" ("Miala Rajoelina"), devenu le slogan du mouvement.
"À cause des massacres, les manifestants sont de plus en plus en colère. On est là pour nos camarades", explique Ilan Randrianarison, étudiant de 18 ans coiffé d'un chapeau de paille aux couleurs du logo "One Piece" version Gen Z malgache.
Une référence aux 22 personnes au moins ayant été tuées et aux centaines de blessés depuis le début des manifestations selon un bilan de l'ONU diffusé lundi – et démenti par le ministère malgache des Affaires étrangères.
"Je viens des bas quartiers, c'est là-bas que les conséquences de la politique du président sont les plus visibles. Pour l'électricité, ma famille ne peut pas s'offrir de groupe électrogène. Pour l'eau, on récupère celle de la pluie", raconte le manifestant, contraint de battre en retraite "en attendant plus de monde".
Rencontre avec des syndicats
Ce qui avait commencé comme un ras-le-bol des coupures incessantes d'eau et d'électricité a tourné à la crise politique pour le président Andry Rajoelina.
Après avoir dénoncé la veille une tentative de "coup d'État", le président a rencontré samedi des représentants du secteur privé ainsi que de l'administration, dont des syndicats.
La Gen Z, dans un communiqué commun avec une vingtaine d'organisations, a dénoncé un discours "en total décalage avec la gravité de la situation". "Le Collectif condamne et récuse par avance tout arrangement politique qui se fera sans inclure les porte-parole des mouvements de tout Madagascar", prévient-il.
Pour la première fois samedi, une marche de soutien au pouvoir, organisée par la présidence, a défilé en réunissant quelques centaines de partisans, certains reprenant le mot d'ordre "Je ne veux pas d'un coup d'État !"
Installé une première fois au pouvoir par les militaires en 2009, à l'issue d'un soulèvement populaire, Andry Rajoelina s'était mis en retrait sous pression internationale en 2014, avant d'être élu à la présidence en 2018 puis réélu en 2023 lors d'un scrutin boycotté par l'opposition.
Un mouvement qui s'étend
Le mouvement dépassait le cadre de la capitale samedi : dans la grande ville du nord, Antsiranana, des milliers de jeunes, pour la plupart étudiants, défilaient dans la rue, a constaté une équipe de l'AFP. Au milieu du cortège, une immense banderole "Justice pour Rivaldo", un des leurs, mort le deuxième jour du mouvement.
L'annonce, vendredi, de la grève du syndicat des douanes pourrait paralyser le pays en réduisant au minimum les entrées de marchandises.
Cinq jours après le renvoi du gouvernement, aucun nouveau Premier ministre n'a été nommé par le président.
Malgré ses immenses ressources naturelles, Madagascar, ancienne colonie française devenue indépendante en 1960, reste parmi les pays les plus démunis au monde. En 2022, près de 75 % de sa population vivait sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.
Avec AFP© « Copyright » Habarizacomores.com– www.habarizacomores.com