Serbie: la Liste étudiante victorieuse veut faire de la destitution des fonctionnaires corrompus sa priorité
Par TV5MONDE avec agences
Fort de sa victoire sans appel lors du scrutin du 25 octobre aux législatives en Serbie, la liste soutenue par le mouvement étudiant réclame les têtes de plusieurs responsables d'agences gouvernementales serbes, notamment de la police et du renseignement.
Fort de sa victoire sans appel lors du scrutin du 25 octobre aux législatives en Serbie, la liste soutenue par le mouvement étudiant réclame les têtes de plusieurs responsables d'agences gouvernementales serbes, notamment de la police et du renseignement. "Les citoyens ont exprimé un mandat clair en faveur de l'État de droit, l'égalité devant la loi et la libéralisation des institutions" , déclare le responsable du mouvement étudiant Filip Ubovic aux médias jeudi 29 octobre. Dans une salle de presse improvisée en plein air, dans le parc des Pionniers, à Belgrade, juste en face de l’Assemblée nationale, une petite foule tend le cou pour écouter celui qui en temps ordinaire étudie les sciences de l'information à l'université de Belgrade. Des membres de la "Liste étudiante" , ce mouvement prônant la démocratie directe, auteur d’une victoire aussi improbable que décisive lors du scrutin de dimanche 25 octobre, se sont rassemblés, entourés d’une forêt de micros.
La liste soutenue par les leaders étudiants a mis fin par les urnes le week-end dernier à 14 ans de gouvernement d'Aleksandar Vucic et son Parti progressiste serbe (SNS). "Nous commençons à mettre en oeuvre ce mandat immédiatement, sans attendre la formation du gouvernement" , ajoute Filip Ubovic. Dans la foulée, le mouvement réclame la démission du directeur de la police, du commandant de l'unité anti-terroriste et du directeur de l'agence de l'information pour la sécurité (BIA, renseignement). Svetlana Stanarević, candidate de la "Liste étudiante" , a été applaudie lorsqu’elle a accusé ces responsables d’avoir enfreint la loi comme le rapporte le quotidien britannique The Guardian . Elle a exigé la démission du directeur des services de renseignement intérieur serbes, lui reprochant de diriger l’organisation comme "un service de sécurité partisan, et non comme un service de sécurité de l’État" . À l'approche du deuxième anniversaire, ce dimanche, de l’effondrement d’une marquise dans la gare ferroviaire de Novi Sad - la deuxième ville du pays - un drame qui a coûté la vie à 16 personnes, le mouvement appelle à "rouvrir ou accélérer les dossiers". À ce jour, aucune condamnation n’a été prononcée.
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Lutter contre la corruption "Pendant des années, voire des décennies, les gens ont éprouvé une profonde frustration" , déclare au Guardian Iva Marković, candidate de la "Liste étudiante" et militante écologiste. "Nous considérons cette période comme un moment où tous ceux qui, au sein des institutions [publiques], travaillaient de manière honnête et crédible, peuvent enfin exercer leurs fonctions. Ils ne subissent plus de pression politique. Nous leur demandons simplement de faire leur travail - ce qui implique, pour les procureurs, de poursuivre les infractions, et pour la police, de mener des enquêtes" poursuit la fondatrice de l’initiative "Le droit à l’eau". Par ces annonces, la "Liste étudiante" a tenu à souligner sa volonté de placer la lutte contre la corruption au cœur de son action gouvernementale. Va-t-elle y parvenir, se demande le Guardian, alors que le mouvement n’est pas un parti politique traditionnel et qu'il ne possède ni hiérarchie ni chef. Et bien que les étudiants aient eux-mêmes établi la liste des candidats, ils n’exerceront aucun contrôle direct sur les élus une fois que ces derniers auront prêté serment en tant que députés. Quand on partage un rêve avec d’autres, il est très difficile de l’oublier, même une fois au Parlement. Iva Marković, fondatrice du Droit à l'eau L'écologiste Iva Marković souligne qu’il ne faut pas sous-estimer l’engagement commun qui unit les étudiants et leurs candidats au Parlement. "Le processus n’a pas commencé avec les élections", dit-elle au Guardian, ajoutant que le fait d’avoir empêché "l’individualisme" de compromettre les objectifs premiers a été un facteur clé du succès du mouvement étudiant. "Quand on partage un rêve avec d’autres, il est très difficile de l’oublier, même une fois au parlement" ajoute-t-elle. Une "véritable terreur révolutionnaire" Slobodan Tomić est optimiste quant aux perspectives de la "Liste étudiante" . Ce politologue originaire de Belgrade, qui enseigne à l’université de York, suit le mouvement étudiant depuis ses débuts. "C’est un changement extraordinaire. Je ne trouve aucun équivalent, nulle part ailleurs dans le monde" confie-t-il au Guardian. "Les députés ont dû signer un engagement à mettre en œuvre le programme élaboré par la Liste étudiante. Sur le papier, il n’y a donc guère de marge pour une dérive." Les étudiants sont toujours dans l'attente de la proclamation du résultat final des élections par la Commission électorale centrale. Mais après le décompte quasi total des votes, des chiffres officiels leur garantissent 140 sièges, une majorité confortable au sein d'une Assemblée de 250 sièges au total. Aleksandar Vucic, qui a reconnu sa défaite, a accusé le mouvement étudiant de pratiquer une "véritable terreur révolutionnaire" . "Nous incarnerons une opposition forte et féroce" , a-t-il promis.