Serbie, Hongrie, Asie centrale… Ces pays où la Russie de Vladimir Poutine perd sa mainmise
Par Séraphine Charpentier
D'anciennes républiques soviétiques et d'anciennes démocraties populaires s'émancipent du grand frère russe. En Europe de l'Est, le Hongrois Viktor Orbán et le Serbe Aleksandar Vucic, deux alliés de Moscou, ont perdu les élections. Une perte d'influence qui gagne aussi le Caucase du Sud et l'Asie centrale. La guerre en Ukraine semble être " un véritable trou noir gravitationnel".
D'anciennes républiques soviétiques et d'anciennes démocraties populaires s'émancipent du grand frère russe. En Europe de l'Est, le Hongrois Viktor Orbán et le Serbe Aleksandar Vucic, deux alliés de Moscou, ont perdu les élections. Une perte d'influence qui gagne aussi le Caucase du Sud et l'Asie centrale. La guerre en Ukraine semble être " un véritable trou noir gravitationnel". Énergie, sécurité et armement, économie... La Russie de Vladimir Poutine dispose de plusieurs leviers d'influence qui lui permettent de maintenir la pression sur les régions voisines. Mais ils s'érodent peu à peu. "Le découplage est en marche", estimait en mars 2026 le groupe de réflexion international Globsec . D'anciennes républiques soviétiques et d'anciennes démocraties populaires s'émancipent peu à peu de Moscou. L'exemple récent le plus flagrant s'est produit en Europe de l'Est. Le 12 avril 2026 en Hongrie , Fidesz, le parti populiste du dirigeant nationaliste pro-russe Viktor Orbán, au pouvoir depuis 2010, perdait les élections législatives face au Tisza de Péter Magyar. La Russie perd ses relais d'influence en Europe de l'Est Le nouveau Premier ministre hongrois a promis de renouer avec l'Europe: l a Russie constitue un " risque sécuritaire " pour le continent européen, a-t-il affirmé au lendemain de sa victoire. "L es Hongrois sont fiers de faire partie de l'UE et de l'Otan " ajoutait-il, qualifiant l'Ukraine en guerre de "victime" de la Russie. Le 25 octobre en Serbie , c'est le président sortant Aleksandar Vucic, proche de Moscou, qui a perdu les élections législatives face à la Liste étudiante, composée de membres de la société civile.
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Un départ qualifié de "deuxième petite contre-performance pour Vladimir Poutine" par Gaïdz Minassian, enseignant en relations internationales à Sciences Po Paris , interrogé par TV5MONDE. Les relais d'influence du président russe en Serbie et en Hongrie lui permettaient d' "affaiblir l'Occident et surtout l'Union européenne", détaille l'auteur de l'ouvrage Arménie-Azerbaïdjan, une guerre sans fin? aux éditions Passés/Composés (2024). La guerre en Ukraine, un "trou noir gravitationnel" pour Moscou Aujourd'hui, seule la Slovaquie du président Robert Fico, allié de Moscou, semble pouvoir encore assurer ce rôle. La Bulgarie aussi. La prorusse Iliana Iotova y a remporté l'élection présidentielle, ce dimanche 1er novembre. Face à elle, un proeuropéen, Andreï Guiourov. Mais ailleurs, la même machine d'émancipation s'est enclenchée. Avec pour principal élément déclencheur, la guerre d'invasion en Ukraine. (Re)lire Viktor Orbán à la tête de l'ONU? Le plan prêté à l'administration de Donald Trump sous le feu des critiques en Europe "L'Ukraine n'est plus seulement un champ de bataille, mais un véritable trou noir gravitationnel pour la puissance russe, qui absorbe ses capacités militaires et ses ressources économiques" , illustrait Globsec en mars. Selon le groupe de réflexion, l'influence russe se réduit, à mesure que le "Kremlin concentre de plus en plus ses efforts sur l'effort de guerre, le contournement des sanctions et la stabilité de son propre régime".
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Les pertes humaines très importantes subies au sein de l'armée russe ont d'ailleurs contraint Moscou a redéployer ses troupes et ses armements depuis les bases russes du Tadjikistan, de l'Arménie ainsi que des "régions géorgiennes occupées de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud" , a rappelé en juin l'Institut international pour la défense et la sécurité (ICDS), basé en Estonie . Les relations "vitales" de l'Europe avec la "périphérie russe" Une absence qui a "affaibli les capacités militaires du Kremlin et sa capacité à projeter sa puissance dans le voisinage de la Russie" , a relevé l'ICDS. L'Azerbaïdjan a profité de la situation pour s'emparer du Haut-Karabakh en 2023, rappelle le groupe de réflexion estonien. Le pays représente un hub de transit important pour la Russie. Il fait partie du corridor Nord-Sud qui relie entre eux l'Inde, la Russie et l'Iran. Moscou est contraint de conserver de bonnes relations avec Bakou, pour continuer d'exporter ses produits et matières premières.
En face, l'Azerbaïdjan cherche à conserver son statut de "puissance émergente dans la région", analyse Gaïdz Minassian. Le pays développe ses échanges avec Israël et la Turquie mais aussi l'Europe, qui cherche justement à aller forger des relations avec les pays de la périphérie russe. Ces pays, notamment de l'ex-Union soviétique, que Vladimir Poutine aimerait voir à nouveau réunis en un seul empire. "Pour l'Europe, il est absolument nécessaire, vital, de s'implanter, de développer les relations avec la périphérie de la Russie. Plus l'Europe intensifiera ses relations avec la périphérie de la Russie, moins la Russie fera empire par évidence" , explique Gaïdz Minassian. Les pays d'Asie centrale diversifient leurs partenariats Aux côtés du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan, l'Azerbaïdjan cherche justement à développer la route commerciale du Corridor médian. Elle relie la Chine à la Turquie et l'Europe et contourne la Russie, en passant par l'Asie centrale et le Caucase du Sud. Une de ses évolutions devrait permettre d'établir une liaison entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, deux adversaires historiques. Le projet a été nommé TRIPP ou Route Trump pour la Paix et la Prospérité Internationales .
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En Asie centrale justement, des pays tels que l'Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan cherchent à diversifier leurs partenariats extérieurs "à mesure que l’influence politique de la Russie s’affaiblit", observe Globsec. Depuis 2022 et le lancement d'une guerre à grande échelle en Ukraine, Pékin a davantage investi économiquement la région, à travers "des projets d’infrastructure et d’énergie". La Russie, "un partenaire parmi d'autres" De son côté, l'Union européenne a "renforcé son engagement par le biais d'initiatives d’investissement", à l'instar de ses financements au Corridor médian. États-Unis et Turquie ont, quant à eux, "poursuivi leurs propres intérêts économiques et sécuritaires dans la région" , observe le groupe de réflexion. "Tout le monde voit que la Russie s'enlise en Ukraine", rappelle Gaïdz Minassian, qui souligne également l'implication de Moscou dans le conflit iranien. "Les pays périphériques ne sont donc pas insensibles à des propositions de coopération avec Bruxelles, voire même avec les États-Unis." Résultat: Moscou n'est plus l'acteur stratégique dominant comme il l'était post ère soviétique. "La Russie apparaît de plus en plus comme un partenaire parmi d’autres" , explique Globsec. Le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan bénéficient désormais de prix plus avantageux sur les ressources russes. "Leur position de négociation s'est globalement renforcée" , affirme l'ICDS. "Ils veulent rééquilibrer les relations avec Moscou" La Russie compose avec ces nouvelles dynamiques, puisque ces États restent "nécessaires pour contrer les sanctions internationales et européennes" à son encontre, précise le groupe de réflexion.
Malgré tout, l'ensemble de ces pays doivent ménager leurs relations avec Moscou et "temporisent" . "Ils ne veulent pas la fin de la relation avec la Russie, ils veulent simplement rééquilibrer les relations avec Moscou", estime Gaïdz Minassian. "Une confiance grandissante" qu'illustrent bien les sommets communs partagés par ces pays d'Asie centrale avec la Russie. Ils ne s'y expriment désormais plus en russe, mais dans leur langue nationale, relève l'ICDS. Une Russie affaiblie et davantage "dangereuse" "C'est le symbole, le signe de leur aspiration extrêmement forte et aiguë à l'indépendance et aux retrouvailles identitaires" , analyse auprès de TV5MONDE Alexandre Melnik, ancien diplomate à Moscou et professeur associé de géopolitique à ICN Business School Nancy - Metz . Mais la Russie, relativement affaiblie, n'en reste pas moins "dangereuse", estime l'ICDS. Elle est devenue plus "réactive que proactive" , estime également de son côté Globsec. La "guerre hybride, cognitive" que mène Moscou est une "démarche quasiment suicidaire, une fuite en avant" , affirme Alexandre Melnik. L'ancien diplomate, né à Moscou, compare Vladimir Poutine a "un ours blessé" qui, "acculé, en devient dangereux" . "Le souci, le problème, la clef, c'est lui" , conclut-il.