Madagascar: un an après, la "Gen Z" face à la loi de la junte
Par AFP Par Clément VARANGES © 2026 AFP
"Une trahison". Un an après leur mouvement de contestation à Madagascar qui a conduit à la fuite du président Andry Rajoelina, des militants de la "Gen Z" constatent, amers, que le nouveau pouvoir use des mêmes tactiques que son prédécesseur. L'euphorie était pourtant au rendez-vous lorsque des militaires du Capsat, une unité de l'armée, avaient rallié le mouvement, précipitant la fuite du président Rajoelina. Dans la foulée, les militaires avaient pris le pouvoir et investi le colonel Michaël Randrianirina "président de la refondation". "C'était vraiment à la fois de la joie et du soulagement", se souvient la figure emblématique de ces semaines de contestation, Herizo Andriamanantena. "Mais après, il y a eu des petits changements par-ci par-là", euphémise-t-il. Ce militant de 30 ans, ingénieur agronome de formation, a retrouvé l'équipe de l'AFP à Antananarivo au bar le "Kudéta". Coup d'Etat, c'est aussi ce dont il est accusé depuis un appel à manifester en avril contre la lenteur de la "refondation" promise par le colonel Randrianirina. "On s'était donné rendez-vous à Ambohijatovo comme d'habitude pour faire une marche pacifique, raconte-t-il. A partir de là, on nous a accusés d'atteinte à la sûreté de l'État, d'être en relation avec des personnes qui planifiaient un autre coup d'État." Six militants arrêtés
D'après son avocat Maromanana Aliarivelo, ils sont six issus de la Gen Z à avoir été arrêtés en avril. L'un d'eux demeure en détention provisoire pour ses liens présumés avec le colonel Patrick Rakotomamonjy, accusé d'un projet de coup d'Etat. Herizo - comme il est simplement connu sur les réseaux - a effectué 13 jours de garde à vue, le motif d'atteinte à la sûreté de l'Etat permettant d'être retenu jusqu'à 15 jours. "Tu es dans une petite cellule avec une vingtaine de prisonniers, de délinquants, d'assassins. Et là, tu te dis que tu as milité pour le pays mais qu'on te considère comme un criminel. Ca fait réfléchir." Il raconte avoir perdu son emploi à la suite de l'arrestation. Tout comme Nomena Ratsihorimanana, qui travaillait pour l'Observatoire national des droits humains à Madagascar jusqu'à son arrestation, qu'il décrit comme très violente, à la même période. Cet activiste de 36 ans raconte avoir été d'abord percuté à moto par un véhicule des forces de sécurité, le début d'un déchaînement de violence. "Durant une heure, on a vraiment été sonnés avec des coups partout", témoigne-t-il. "On a mis des armes dans notre bouche, on nous a menacés de mort." Il sera relâché après cinq jours de détention.
D'après Me Aliarivelo, l'accusation d'atteinte à la sûreté de l'Etat est "l'outil par excellence, depuis belle lurette, des gens au pouvoir à Madagascar" et "toujours une manière de dire +taisez-vous+". "Comment ils pensent légitimer ça ? C'est grâce à notre descente dans la rue (...) s'ils sont au pouvoir aujourd'hui", estime la camarade militante d'Herizo, Felana Andriatahina, 32 ans. "C'est une trahison." Les deux appartenaient au collectif animant la page Facebook qui coordonnait les manifestations de septembre et octobre 2025. Suivie par environ 200.000 abonnés au plus fort de la révolte contre Rajoelina, elle a été piratée puis supprimée peu avant le ralliement des militaires. Si la page s'appelait "Gen Z Madagascar", en référence au mouvement ayant provoqué la chute du gouvernement au Népal quelques semaines plus tôt, Felana Andriatahina comme la plupart des activistes n'appartiennent pas stricto sensu à la génération Z (née entre 1997 et 2012). Mais dans un pays où environ 70% de la population a moins de 30 ans, selon l'Unicef, ils ont en commun d'être issus d'une jeunesse urbaine et éduquée. "Instrumentalisé" ? Le nom est d'autant plus trompeur qu'il faudrait parler de Gen Z au pluriel. "On est comme une boîte de crayons de couleur, il y a plusieurs nuances mais c'est la même boîte", répond Felana, entrepreneure dans l'éco-construction. "Les dissensions au sein du mouvement même sont terribles, je ne sais même plus combien de sous-mouvements il y a, qui sont les vrais Gen Z, les faux", constate la politologue Ketakandriana Rafitoson.
Une frange se réclamant du mouvement a réaffirmé il y a peu son soutien au colonel Randrianirina, qui a promis des élections dans les deux ans suivant son investiture. A l'inverse, un des animateurs de la page Facebook historique, Elliot Randriamandrato, 32 ans, exprime une gêne par rapport aux commémorations officielles prévues vendredi pour la date anniversaire de la manifestation ayant allumé la mèche. "Si c'est quelque chose d'instrumentalisé à nouveau, ça ne sert à rien."