#politikkills
SecNumCloud 3.2 : Paris impose le cloud souverain par la voie réglementaire
Un texte publié en plein été rebat les cartes du cloud souverain français. L’arrêté du 12 août 2026, entré en vigueur le 22 août, approuve la version 3.2 du référentiel SecNumCloud de l’ANSSI et lui donne, pour la première fois, une portée pleinement contraignante sur une large partie de la sphère publique centrale. Le mécanisme juridique s’est construit par étapes, sur près de deux ans. L’article 31 de la loi SREN de mai 2024 avait posé le principe : les administrations traitant des données sensibles devraient recourir à des prestataires cloud à l’abri des législations extraterritoriales, à commencer par le Cloud Act américain. Lire aussi : Le Health Data Hub vers un hébergement SecNumCloud L’obligation cible désormais les administrations de l’État, ses opérateurs et les groupements d’intérêt public qui confient à un prestataire privé des données « d’une sensibilité particulière ». Cette notion est définie de façon cumulative. La donnée doit relever d’un secret protégé par la loi ou d’une mission essentielle de l’État, et sa compromission doit faire courir un risque réel à l’ordre public, à la sécurité publique, à la santé ou à la vie des personnes, ou encore à la propriété intellectuelle. Le décret d’avril 2026 a par ailleurs nommément désigné six groupements d’intérêt public* soumis à cette obligation. Un point technique aura des conséquences pratiques immédiates : une administration ne pourra pas isoler artificiellement quelques fichiers sensibles pour ne leur appliquer les règles renforcées qu'à eux, tout en laissant le reste de son système d'information sur une infrastructure moins protégée. ## Un contournement assumé du blocage parlementaire Dès lors que des données sensibles cohabitent avec des données ordinaires sur une même infrastructure cloud, c'est l'ensemble de cette infrastructure qui doit se hisser au niveau d'exigence SecNumCloud. A moins que l'administration ne démontre un cloisonnement technique réellement étanche entre les deux. En pratique, cette règle ferme une échappatoire évidente et pourrait pousser certains organismes vers des migrations bien plus larges que prévu, faute de pouvoir prouver une séparation solide de leurs environnements. Le texte prévoit aussi une soupape. Si aucune offre conforme n'existe sur le marché, l'organisme concerné dispose d'une dérogation motivée, renouvelable, jusqu'à ce qu'une solution qualifiée apparaisse ; puis dispose de 18 mois pour basculer une fois qu'elle existe. Lire aussi : Le Cloud de confiance à la recherche de son second souffle Le choix de la voie réglementaire n'est pas neutre. La transposition de la directive NIS 2, qui fait l'objet d'un contentieux avec Bruxelles, aurait permis d'étendre des obligations de cybersécurité comparables reste bloquée au Parlement dans le projet de loi Résilience, dont l'examen n'est désormais annoncé qu'en octobre. En attendant, le gouvernement avance par arrêté. Un instrument qui ne requiert ni majorité ni débat parlementaire mais qui reste, par construction, plus réversible qu'une loi. ## Ce que change concrètement le référentiel Le référentiel technique lui-même n'est pas né en 2026. L'ANSSI en avait publié la version 3.2 dès mars 2022. Ce qu'il change, c'est sa portée juridique. Jusqu'ici, une administration pouvait s'appuyer sur SecNumCloud sans y être tenue par la loi ; désormais, pour les données sensibles concernées, y recourir n'est plus un choix mais une condition de légalité du marché public. Ce contenu s'organise autour de quatre axes. Le plus disputé porte sur la souveraineté juridique et capitalistique des prestataires. Concrètement, pour être qualifié, un fournisseur doit remplir trois conditions : * son siège social, son centre décisionnel et l'administration de ses services doivent se situer dans l'Union européenne ; * la part de son capital détenue par des acteurs extra-européens est plafonnée ; * aucune entité hors UE ne peut disposer d'un droit de veto sur les décisions de l'entreprise. Ce critère ne porte donc pas sur la technique mais sur l'actionnariat — et c'est précisément ce qui en fait, pour les fournisseurs, le plus difficile à satisfaire : une faille de sécurité se corrige en quelques semaines, une structure capitalistique ne se réorganise pas du jour au lendemain. C'est ce verrou qui écarte de fait, dès le départ, une bonne partie des grands acteurs cloud mondiaux non européens. Trois autres évolutions complètent le tableau. D'abord, les tests d'intrusion, qui n'étaient auparavant réalisés qu'à un instant donné, doivent désormais être menés en continu tout au long de la qualification. Lire aussi : OpenStack : la check-list SecNumCloud de l'ANSSI Ensuite, une logique de « composition de services » simplifie la vie des éditeurs SaaS : s'ils s'appuient sur une couche IaaS ou PaaS déjà qualifiée SecNumCloud, ils héritent de ses garanties et n'ont plus à repasser un audit complet — ils ne font certifier que leur propre couche applicative. Enfin, le référentiel se rapproche délibérément du futur schéma européen EUCS, dont le niveau le plus élevé, dit « High », reste l'objectif de convergence à terme. Au total, un fournisseur candidat à la qualification doit répondre à plus de 360 exigences, réparties entre sécurité technique, gouvernance, gestion des accès et conformité réglementaire. ## Des angles morts persistants Le nouveau cadre laisse cependant deux zones grises. D'abord, les tests d'intrusion, qui n'étaient auparavant réalisés qu'à un instant donné, doivent désormais être menés en continu tout au long de la qualification. Ensuite, une logique de « composition de services » simplifie la vie des éditeurs SaaS : s'ils s'appuient sur une couche IaaS ou PaaS déjà qualifiée SecNumCloud, ils héritent de ses garanties et n'ont plus à repasser un audit complet — ils ne font certifier que leur propre couche applicative. Enfin, le référentiel se rapproche délibérément du futur schéma européen EUCS, dont le niveau le plus élevé, dit « High », reste l'objectif de convergence à terme. Au total, un fournisseur candidat à la qualification doit répondre à plus de 360 exigences, réparties entre sécurité technique, gouvernance, gestion des accès et conformité réglementaire. ## Un marché en recomposition Pour les fournisseurs déjà qualifiés (une dizaine d'offres actives, parmi lesquelles OVHcloud, Outscale, Scaleway ou la coentreprise S3NS de Google et Thales) et la douzaine de candidats en cours de qualification, l'élargissement change la nature du marché. Ce qui était un segment de niche devient un débouché plus prévisible, porté par une demande publique captive. Mais ce débouché reste fragmenté : il touche désormais des acteurs publics aux budgets et à l'expertise technique très inégaux, loin des grands comptes stratégiques habitués à ce type d'exigences. Un piège guette néanmoins les acheteurs publics : la qualification SecNumCloud ne s'applique pas toujours à l'ensemble d'une offre. Un fournisseur peut être qualifié pour sa brique d'infrastructure (IaaS) sans l'être pour ses services applicatifs (PaaS, SaaS) ou de conteneurs (CaaS). Une administration ne peut donc pas se fier au seul nom du prestataire : elle doit vérifier, marché par marché, quelle couche précise du service est effectivement couverte par le label. Reste une question de fond, formulée par plusieurs observateurs : ce qu'un arrêté a créé, un arrêté peut le défaire. À moins d'un an de l'élection présidentielle et d'un possible changement de majorité, la pérennité du dispositif ne sera véritablement testée qu'à l'été 2027. *****_Agence du numérique en santé (ANS), Centre d'accès sécurisé aux données (CASD), Centre ressources prévention de la radicalisation, le collecteur analyseur de données, le GIP Modernisation des déclarations sociales et le Système national d'enregistrement de la demande de logement social_
www.silicon.fr
September 4, 2026 at 4:30 PM
Le Canard patauge en eaux troubles : un propagandiste pro-Israël et agresseur «pigiste de luxe»
Le Canard Enchaîné est une institution de la presse française. Le journal satirique est plus que centenaire, un journal libertaire fondé en 1915, en pleine Première Guerre mondiale. L’hebdomadaire était alors créé pour dénoncer la propagande de guerre, sa raison même d’exister était l’antimilitarisme et la dénonciation des puissants. À l’époque, il fallait énormément de courage pour aller à contre-courant de la censure, des discours guerriers, de «l’Union sacrée» contre l’Allemagne. Le Canard était d’ailleurs régulièrement menacé par les autorités et a fourni, au fil des décennies, d’importantes révélations journalistiques. En 2026, le ton a bien changé. Confortablement assis sur une montagne d’argent et une histoire prestigieuse, le Canard patauge dans le sens du courant. Dernier exemple avec la boule puante lancée contre Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis : un article écrit sous pseudonyme par un sioniste exalté. Dans son édition du 4 août, le journal accusait l’élu de bénéficier d’un emploi fictif à la RATP. Ce «scoop» vise un maire noir qui subit depuis son élection des campagnes racistes continues, et qui est membre d’un parti déjà attaqué quotidiennement dans les médias. Sur la forme, ce n’est pas très courageux de s’en prendre à un élu déjà stigmatisé plutôt qu’à des personnes à des postes vraiment dominants. Sur le fond, l’article parle d’un recrutement «sans concours» ni entretien et d’un emploi «pas très prenant», manière de dire que Bally Bagayoko bénéficiait d’un salaire sans travailler. Dans la foulée, des plaintes contre X ont été déposées par une association contre le maire de Saint-Denis, pour des soupçons d’emploi fictif et de détournement de fonds publics. Pour l’instant, aucune enquête n’est encore annoncée et les «révélations» ont largement pris l’eau. D’abord parce que la RATP a publié un communiqué le 12 août démentant formellement toute «allégation d’emploi de complaisance» et affirmant que Bally Bagayoko a été recruté en 2001 «après avoir passé les entretiens d’embauche, puis ceux préalables à la titularisation». Son ancien patron Jacques Marsaud estime que l’article repose sur des «sous-entendus infondés». Surtout, différents élus d’Île-de-France, y compris de droite et anti-LFI, contestent formellement les accusations. Dans Le Parisien Georges Mothron, maire Les Républicains d’Argenteuil, confirme l’avoir rencontré à de nombreuses reprises dans le cadre de ses fonctions. L’ancien maire de Sarcelles parle d’un homme «très compétent». D’autres élus PS et Modem le décrivent comme «présent et professionnel», «très actif sur le terrain» et même «indispensable». L’un d’eux explique : «Dès qu’on voulait contacter quelqu’un de la RATP, c’était vers lui qu’on se tournait». Très loin du portrait qui en est fait dans le Canard. À croire que l’hebdo n’a réalisé qu’une enquête à charge. Et pour cause, l’article est signé du pseudonyme Camille Eider qui n’est autre que Frédéric Haziza. Un propagandiste d’extrême droite, fanatiquement pro-Israël, qui officie sur Radio J, France Info et LCP. Haziza est un obsessionnel anti-LFI : chaque invité qu’il reçoit est sommé de dénoncer les Insoumis, qui sont traités dans toutes ses émissions d’antisémites. Mélangeant les genres, il participe fièrement à des galas organisés par la chaîne génocidaire israélienne i24NEWS. Qu’un journaliste aussi influent s’affiche avec les réseaux d’intérêts d’une puissance étrangère et criminelle ne semble déranger personne, et il n’est jamais soupçonné «d’entrisme anti-républicain». Sur Facebook, Haziza publie un photomontage mettant en scène Mathilde Panot avec Hitler. Sur son compte X, on trouve des centaines de tweets parlant de Mélenchon. L’homme politique est qualifié de «gourou du 1er parti antisémite de France» qui veut «semer le chaos». En décembre 2024, il compare la «secte LFI» et le régime de Bachar al-Assad, rien que ça. Haziza a aussi accusé le géopolitologue Pascal Boniface d’être antisémite et complice du terrorisme parce qu’il ne s’aligne pas sur l’impérialisme étasunien. Les propres collègues du journaliste le qualifient «d’agressif» et de «sans gêne», manquant à la déontologie la plus élémentaire. Entre autre exemples, Haziza a propagé le 22 mars 2025 une énorme intox reprise dans tous les médias : des manifestant·es auraient crié «À bas l’État, les juifs et les fachos» lors d’une mobilisation antiraciste. Tout était évidemment faux, mais l’important est d’imprimer des mensonges dans le débat public. Par ailleurs, Haziza est accusé d’agression sexuelle contre une autre journaliste de LCP, ce qui lui a valu une mise à pied temporaire. Douze salarié·es ont expliqué qu’il était «coutumier de propos et comportements déplacés» et dénonçaient «l’influence» et «l’impunité» de cet homme. Son péché mignon est de se rendre, accompagné d’une caméra, aux abords des mobilisations de gauche pour provoquer des incidents, qui sont ensuite utilisés pour diffamer les manifestant·es. C’est dans ce contexte que le 25 novembre 2023, ce petit être très agressif a frappé une féministe lors d’un rassemblement, et reçu une baffe en retour. Un militant sioniste agresseur et menteur écrirait donc dans un journal aussi sérieux que le Canard ? On n’ose y croire, et pourtant, la réalité est encore pire. On sait désormais par une enquête de Médiapart que Frédéric Haziza collabore avec l’hebdomadaire depuis 1991, où il bénéficie des colonnes les plus en vue sur la page 2, et qu’il est «un des pigistes les mieux traités», touchant «un salaire fixe de 100.000 euros par an et les mêmes avantages que les autres journalistes». Quand vous achetez le Canard, vous cotisez pour Haziza. Un journaliste confiait que «rien ne justifie ce salaire. Mais au Canard, c’est le fait du prince. Si tu t’entends bien avec le patron, c’est le jackpot». D’autres dénoncent l’opacité des rémunérations, dans un journal où, par ailleurs, de nombreux pigistes sont maltraités. Comme le Canard est une institution, un journal respecté, peu de gens osent le critiquer. Et encore moins parler de son virage droitier. Un peu comme un grand-père qu’on aimait bien, mais qui devient de plus en plus gênant à chaque repas de famille. Pourtant l’hebdomadaire s’est embourgeoisé et sclérosé. Il a constitué au fil des années un trésor de guerre de 130 millions d’euros, des locaux au cœur de Paris, dans la très chic rue Saint-Honoré, entre le Louvre et la Concorde, et verse de gros salaires pour la rédaction, composée d’hommes ayant largement dépassé l’âge de la retraite et qui monopolisent la direction. Il y a pourtant beaucoup de dessinateurs et de journalistes talentueux qui ne trouvent pas de poste, et il y aurait tout pour en faire un superbe journal de contre-pouvoir parlant à la jeunesse, ce qui manque tant actuellement en France. Pensez-vous, le seul revenu d’Haziza pourrait rémunérer plusieurs reporters d’investigation et représente plusieurs fois le budget annuel de Contre Attaque ! Avec un tel constat, il est logique que le Canard s’aligne sur le reste des médias, avec des attaques obsessionnelles contre ce qu’il reste de la gauche. La ligne du journal est désormais raccord avec celle des chaînes de télé : en septembre 2022, un édito défendait Fabien Roussel contre la France Insoumise accusée de soutenir «l’assistanat» et d’être déconnectée des classes populaires. En 2023, l’hebdo publiait des caricatures des membres de la France Insoumise déguisés en islamistes et tenant des armes de guerre dans les mains, criant «LFI akbar». Des propos ni intelligents ni originaux, lus 1000 fois dans la presse de droite. Et les lecteurs s’en rendent bien compte, puisque les ventes de l’hebdo sont en chute libre. En septembre 2023, une enquête de Street Press dévoilait les méthodes de management du Canard qui n’ont rien à envier au patronat le plus brutal. Des pigistes mal payés, dont les articles sont signés par les vieux chefs du journal, du personnel précaire traité de façon humiliante… En 2022, un journaliste de l’hebdomadaire, Christophe Nobili, avait dénoncé un emploi fictif réservé à la compagne d’un des pontes du journal, et avait monté une section syndicale. Impardonnable : les patrons l’ont mis à pied et ont tout fait pour le licencier. Des procédures rejetées par l’inspection du travail. Sur le conflit israélo-palestinien comme sur les autres sujets, le Canard n’a malheureusement qu’une obsession : taper sur la gauche. Et relayer le discours guerrier dominant contre les seuls à dénoncer les bombardements israéliens. À la veille de la campagne électorale, c’est donc le sinistre Haziza qui sort l’artillerie lourde contre un maire LFI. Une ligne éditoriale qui n’a pas grande chose à envier aux médias conservateurs. À quand le retour du Canard originel, irrévérencieux et indépendant ? ## **SOUTENEZ CONTRE ATTAQUE** Depuis 2012, nous vous offrons une information de qualité, libre et gratuite. Pour continuer ce travail essentiel nous avons besoin de votre aide : chaque euro compte ! faire un don Les cryptos-fascistes de la Big Tech peuvent supprimer Contre Attaque des réseaux « sociaux » du jour au lendemain, d’un simple clic. Pour renforcer l’autonomie des médias révolutionnaires, il est urgent de se doter de moyens de diffusion indépendants. Tous les 15 jours, recevez nos dernières actualités et bien plus directement sur votre adresse mail en vous inscrivant à la newsletter de Contre Attaque ! S’abonner à la newsletter
contre-attaque.net
August 16, 2026 at 8:50 AM
July 12, 2026 at 7:30 PM
Le candidat, cette créature mystérieuse
Pour l’amateur de zoologie, l’approche des élections est toujours un grand moment. Il suffit d’enfiler ses bottes, sa veste, d’aller chercher ses jumelles et de s’installer au petit jour dans un endroit où l’on a une vue dégagée sur un plateau télé, et, oh ! Regardez, les voici ! Les candidats ! Ces êtres mystérieux qui se multiplient plus vite que des lapins sitôt que quelqu’un prononce le mot « urne » (ce qui pose souvent des soucis dans les crématoriums, mais c’est un autre sujet). D’où viennent-ils ? Qui sont-ils ? Pourquoi a-t-on le droit de chasser le sanglier parce qu’il piétine nos champs, mais pas le candidat alors qu’il piétine nos neurones ? Penchons-nous donc sur cet être mystérieux. # Le candidat _L’objectif du candidat est cette jolie maison, qui permet de frimer devant les copains._ Le candidat est une espèce de primate qui, bien que similaire à l’homo sapiens en apparence, en est avant tout le parasite. L’espèce est répartie de manière assez uniforme dans le monde, et on la retrouve en général rôdant à proximité des micros et autres caméras pour raconter peu ou prou n’importe quoi. Raison pour laquelle les zoologistes amateurs confondent souvent le _candidat_ avec le _journaliste_. La différence est pourtant facile : le journaliste pose les questions, le candidat n’y répond pas (mais nous y reviendrons). ## Dénomination Un candidat est appelé _candidat_ ou _candidate_. Si l’on trouve plusieurs candidats au même endroit, on parle alors de _débat_. Si l’ensemble des présents dans la pièce sont candidats, sans exception, on parle alors de _parti de gauche_. Si ladite pièce est une prison, on parle alors de _parti de droite_. Si tous les candidats ont mystérieusement disparu et qu’il n’en reste qu’un dans la pièce qui vous assure qu’il ne sait pas ce qui est arrivé aux autres, on parle de _Jean-Luc Mélenchon_. Enfin, si le candidat vous assure que la démocratie c’est super, mais appelle le candidat précédent « _papa_ « , on parle de _Marine Le Pen_. ## Histoire L’histoire des hommes est riche en expériences démocratiques. La plupart des historiens s’accordent pourtant à dire que les grandes bases de la démocratie furent posées à Athènes, autour du Vème siècle avant Djizousse. On y retrouve par exemple la _Boulè_ , assemblée de citoyens tirés au sort qui viennent voter les lois. Et comme ce faisant, ils ne pouvaient pas être à la fois présents aux débats et au travail, il fut décidé de les rémunérer. De nos jours encore, lorsque l’on parle d’un membre de l’assemblée payé pour y être et qu’on ne voit pas beaucoup au travail, le terme _Boulè_ revient souvent. C’est à peu près à cette époque qu’apparait le candidat, en même temps que les premiers postes à pourvoir en tant qu’élu. Certes, on n’a alors inventé ni le micro, ni la caméra, et le candidat se contente donc de parler très fort en place publique pour expliquer qu’avec lui attention, ça va changer, si vous m’élisez, vous allez voir, le merdier actuel va se transformer en véritable utopie, promis juré. À noter que puisque nous attendons toujours ladite utopie, on en conclura que cela fait pas moins de 2 500 ans que les candidats pipeautent. Une constante impressionnante, certes, mais pas aussi épatante que la crédulité de mon prochain qui se dit que cette fois, c’est la bonne. À noter que dès le début, les Grecs eurent une illumination : si on limitait par exemple la participation à la Boulè à deux mandats ? Une grande idée, que les candidats, sitôt élus, ont rapidement attaquée au fil du temps. Raison pour laquelle, de nos jours, le candidat moyen a souvent derrière lui 30 ans de mandats divers et variés, et pour seule expérience professionnelle un stage de troisième en 1998, mais si, si, c’était ‘achement dur, je sais ce que c’est que le travail, je vous jure. Tenez : pas plus tard qu’hier, j’en parlais encore à mon chauffeur. À noter que le candidat n’a pas la même notion de l’histoire que nous : par exemple, il n’est souvent même pas au courant de la sienne. Si vous en doutez, je vous propose l’expérience suivante : mettez un candidat en présence d’un juge. Vous verrez : soudainement, le candidat ne se souvient plus de rien, et n’a aucune idée de qui est ce Monsieur sur la photo avec lui. Comment ? On l’y voit pourtant qui se baigne dans la piscine dudit Monsieur, avec lui, un cocktail à la main ? Non, aucun souvenir. Un marchand d’armes vous dites ? Ah ! Si j’avais su Monsieur le juge… Mais nous parlerons des juges plus loin, lorsque nous évoquerons les prédateurs du candidat. ## Comportement Le candidat a un comportement qui varie de l’amical (en période pré-électorale) à l’hostile (le lendemain de l’élection). Tel l’oiseau des îles, lorsque vient la saison des urnes, on le voit se promener sur les marchés, distribuant des tracts comme autant de plumes chamarrées. Alors certes, qui se fait encore un avis politique en lisant un tract récupéré entre deux pomme de terres sur un marché en 2026 ? Personne, mais le candidat a ses traditions, et le tractage fait partie de sa parade amoureuse pour tenter de séduire l’électeur. Au lendemain de l’élection, lorsque l’électeur demande pourquoi on n’applique pas ce qui était écrit sur le tract, le candidat se met alors à froncer les sourcils très fort pour expliquer qu’en fait, c’est pas si simple, il voudrait bien, mais vous voyez, en peu de mots : non. Ahlala, c’est pas de chance ! Bon par contre je vais quand même rester en poste, hein. La perception du temps n’est pas la même chez le candidat que chez vous et moi. Pour le candidat, il n’existe que deux repères temporels : * L’élection précédente * L’élection suivante Tel le serpent, à chaque élection, le candidat fait sa mue et laisse derrière lui son image et ses promesses de la dernière échéance, et se présente comme un candidat nouveau. Oui, même s’il était ministre trois mois avant et qu’on lui demande pourquoi il n’a pas appliqué toutes ses promesses quand il le pouvait. On en revient alors au point précédent : froncement de sourcils, c’est pas si simple, il voulait bien, mais vraiment, pas de chance ! De manière générale, le candidat est le second appeau à claques le plus connu de la planète, juste après l’enfant de film américain avec une coupe à la con. _Ici, un exemple de la rencontre entre les deux éléments précédemment cités. On parle de « Cumul des mandales »._ ## Démographie Le candidat est, avec la punaise de lit, l’un des parasites les plus communs que l’on retrouve à Paris. Il dispose de la même capacité à se démultiplier alors qu’on souhaiterait l’exact contraire, et contrairement à la puce, et pour des raisons mystérieuses, il est interdit de l’asperger de Baygon. Pire, alors que la puce peut être évacuée en envoyant le matelas contaminé loin de chez soi, le candidat, lui, revient toujours. Même si vous l’expédiez hors de vos frontières en lui expliquant que vraiment, ça va pas être possible, il revient : c’est ce qu’on appelle faire une _Manuel Valls_. De manière intéressante, le candidat déteste voir un nombre de candidats supérieur à 1. Il appelle régulièrement tous les autres candidats à se « rassembler », ce qui signifie foutre le camp manu militari pour se ranger derrière lui et fermer sa gueule. Ce qui confirme une chose : le candidat est un être tellement méprisable qu’il méprise lui-même les candidats. CQFD. ## Alimentation Le candidat est omnivore. Il mange de tout, et bien souvent, à tous les râteliers. Sous ses apparences de tribun, le candidat reste cependant un être profondément timide, voire carrément cachotier, qui se montrer très discret sur les notes de frais de ses repas. ## Cri Si l’alouette grisolle et la grive babille, le candidat, lui, discoure. Son cri – le discours, donc – a une durée allant de 30mn à 2 heures, et consiste à se poser devant un micro pour étaler, devant un public de gens d’accord avec lui, à quel point il est d’accord avec eux. La longueur du propos est l’une des caractéristiques typiques du candidat. Ainsi, si vous posez une question fermée à un enfant de 5 ans, il arrivera à répondre par oui ou par non. Pas le candidat, qui qu’importe le sujet, se sent dans l’obligation de broder longuement pour mieux montrer qu’il est la caricature qu’il assure ne pas être. Le tout en répétant les prénoms et nom complet de la personne avec qui il parle pour rallonger la sauce. Si vous appliquez la logique d’un candidat à n’importe quelle situation de la vie, on comprend mieux à quel point l’interdiction d’un permis de chasse pour ces bestioles est criminelle. Par exemple : _« Dis candidat, tu peux me passer le sel ?_ _– Ecoutez, Jean-Jacques Pipounet, avant de vous répondre, je tiens à rappeler aux gens qui nous écoutent que c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. En effet, comme tout un chacun, j’ai lu beaucoup d’ouvrages sur le sel, et j’ai été particulièrement touché par les conditions de travail des employés des mines de sel. Saviez-vous par exemple…_ _– Non mais candidat : je veux juste le sel. Tu me le passes oui ou non ?_ _– Un instant, Jean-Jacques Pipounet. C’est une question complexe, et je vais y répondre, mais je tiens à vous dire deux choses. D’abord – et je pense que les Françaises et Français qui nous écoutent en sont conscients…_ _– Mais bordel candidat on est SEULS à une FUCKING TABLE d’aire d’autoroute !_ _– Mais, Jean-Jacques Pipounet, je vois que mon propos vous dérange, n’est-ce pas ? Eh bien oui. Car je n’ai pas peur d’être politiquement incorrect. Je me suis déjà positionné, vous le savez, sur des sujets courageux comme « la guerre, c’est mal » ou « la pauvreté, c’est pas gentil », et je continuerai à… »_ Le procès de M. Pipounet, pour strangulation et introduction d’une salière dans un rectum, est toujours en cours, raison pour laquelle je ne commenterai pas plus cet échange. Depuis quelques années, en France, le candidat a aussi un cri curieux : « _L’extrême-droite_ « . Il en parle le matin pour dire qu’il est contre, le midi pour dire qu’il est le meilleur pour la vaincre, et le soir pour expliquer que jamais il ne s’alliera avec. Pour une raison mystérieuse, depuis plus de 20 ans, absolument tous les candidats de tous les partis se sentent obligés d’en parler, laissant chez l’électeur assoupi une impression de « _Vous avez le choix entre n’importe quel parti OU l’extrême-droite_ « . Curieusement, après deux décennies de ce régime, l’extrême-droite se rapproche de plus en plus des 50% voire les dépasse dans certains coins, mais ça n’alerte pas les candidats. Ah, si le candidat trouvait qui est le con qui fait la pub de l’extrême-droite matin midi et soir, et transforme tout en choix binaire ! À noter que le candidat d’extrême-droite, lui, a tendance a faire du rien et à attendre. Tant qu’il ne dit rien, il a moins de chances de dire une connerie : c’est ce que l’on appelle « _La méthode Chirac «_. Les plus anciens savent. _La méthode Chirac se définit comme suit : « Ne rien dire, ne rien faire, laisser les autres parler de vous. Comme ça, vous ne dites pas de conneries, eux, si, et en plus comme on parle de vous toute la journée, vous avez juste à regarder votre score monter »._ ## Instinct Contrairement à une rumeur bien établie qui voudrait que le candidat soit totalement dénué d’instinct de survie, au point de se présenter à des élections où tout le monde sait qu’il peinera à faire 0,3%, il s’agit là d’une méthode, bien au contraire, qui vise à assurer la continuité de sa misérable existence. En effet, le candidat étant un parasite (cf plus haut), il ne peut s’empêcher de pourrir les autres candidats. L’objectif étant de faire un score absolument nullissime, certes, mais qui pourrait faire la différence au second tour d’une élection. Frottant ses mains tordues par des années de complots et de trahisons, le candidat roule alors sa bosse jusqu’à l’antre du Gros Candidat (celui au second tour) et lui offre son ralliement en échange de, disons, un p’tit ministère ? Hmm ? Sitôt en poste, le petit candidat se mettra alors à pomper tout ce qu’il peut pour grossir, espérant, un jour, devenir un gros candidat, qui sera à son tour parasité par plus petit que lui. Et comme en plus tout cela lui permet de passer à la télé, vous pensez bien qu’il ne se prive pas. ## Dégénérescence de l’espèce C’est à ce stade de notre récit que les plus observateurs d’entre vous poseront cette question : _« Certes, Monsieur Connard, mais pour une espèce envahissante que vous semblez présenter comme rusée, pourquoi diable a-t-on l’impression que la plupart des candidats sont cons comme des branches de houx ? »_ Une observation bien légitime, même s’il faut toujours préférer la branche de houx au candidat : en effet, un seul des deux peut être pendu à Noël dans une ambiance festive. Pour autant, concentrons-nous sur la réponse : cela a trait à l’instinct du candidat que nous venons d’évoquer. Le candidat sait qu’il est d’une espèce vile et pernicieuse, et que ses semblables n’attendent qu’une occasion pour le parasiter. Aussi, de manière générale, le candidat s’entoure toujours de gens qu’il estime plus cons que lui. En effet, s’ils sont moins malins, ils ne pourront pas la lui faire à l’envers et le trahir dans les grandes largeurs. En plus, un con, c’est toujours utile : mettons que vous soyez maire et que vous parveniez à décrocher un plus gros mandat. Allez-vous vraiment abandonner votre premier poste ? Nenni ! Vous y mettrez quelqu’un d’un peu plus con que vous, mais avant tout fidèle, afin de le dégager si les choses tournent mal et que vous devez vous replier. Là où dans la nature, la loi est souvent celle du plus fort ou du plus adapté, le monde politique répond bien souvent à la loi du plus con. Et diable, certains sont incroyablement fidèles à la règle. Si vous en doutez, il vous suffit d’observer les baronnies du royaume de France, où tel ou tel parti est si bien installé qu’on hérite des postes de génération en génération. Vous verrez qu’en général, tout a commencé par un type intelligent, qui à son départ, a nommé son fidèle lieutenant un peu moins malin, qui lui-même, a nommé son fidèle sergent qui n’était pas bien fin, qui lui-même.. bref. Quelques décennies de ce régime, et dans certains coins, le candidat est plus proche du teckel que de l’homo sapiens. Si vous voulez une preuve que le candidat est par nature incroyablement con tant l’espèce va mal, je vous rappelle qu’à chaque élection, on pose les deux mêmes questions au candidat : * Quel est le prix d’un ticket de métro ? * Quel est le prix d’un pain au chocolat ? Et à chaque élection, alors que les ces questions sont attendues, ils ne sont pas foutus de répondre, alors que vous, si. Et vous, vous n’avez pas en plus une armée de conseillers pour vous faire vos fiches. À ce stade, je crois que même le teckel s’en tire un peu mieux finalement. Heureusement, il reste des prédateurs pour s’occuper de ces créatures du démon. ## Prédateurs On note deux grands prédateurs naturels au candidat : le journaliste et le juge. ### Le journaliste Longtemps, le journaliste a été le principal prédateur de l’homme politique, n’hésitant pas à placarder en Une des scandales aptes à ruiner une carrière entière. Hélas, tout comme le chat domestique n’en a plus rien à branler des souris depuis qu’on lui donne du Whiskas tasty mix, le journaliste a perdu ses instincts de prédateur le jour où on lui a donné internet. Car voilà : il a découvert que ce qui faisait le buzz, et donc vendre sa soupe, c’était plus la dernière petite phrase de l’idiot du village que l’analyse géopolitique brillante de 2 heures d’un génie du droit international. Aussi, lorsque le journaliste a le choix entre faire un long travail d’investigation et de préparation pour tenter de cuisiner un homme politique, ou tendre un micro à Sandrine Rousseau, il a choisi. La grande dégringolade du journalisme est visible en France tous les 5 ans, au moment du débat de l’entre-deux tours, puisque l’on peut y observer des journalistes sur un plateau en présence de deux candidats à l’élection présidentielle et… ils ne font rien. Non, ils ne vérifieront aucune information. Oui, vous pouvez les remplacer par votre nièce de 8 ans qui se contente de dire « Sujet suivant, la parole est à vous », et c’est la même. Quand on peut se faire remplacer par une IA, c’est déjà sale. Mais quand un enfant de 8 ans peut faire votre boulot sans formation, il faut vraiment s’inquiéter. Attention cependant : il reste tout de même des journalistes qui enquêtent, même si l’espèce est en danger. Ce sont eux qui, en général, finissent par attirer l’autre prédateur… **Le juge** Le juge est un être au goût vestimentaire douteux, et aux calembours qui le sont plus encore : on peut l’apercevoir gloussant en marmonnant « _Vous devriez devenir avocat_ « , ce qui dans sa langue, signifie d’aller vous faire Maître. Ses meilleures blagues provenant en effet du Dalloz, son humour n’est pas des plus populaire, d’où l’absence totale de juges dans les soirées stand up. Mais tout comme on n’adopte pas un pitbull pour son amour des câlins, on ne recrute pas les juges pour leurs contrepèteries, mais bien pour chasser les candidats. Car si maman canard promène régulièrement ses canetons, dans la nature, le candidat promène plutôt ses casseroles. Attention : le candidat n’est pas sans défense. À vrai dire, la sienne est toujours la même : « _Evidemment, comme par hasard, on me fait un procès pile en période électorale !_ » Des paroles reprises en chœur par ses soutiens, sans jamais que qui que ce soit ne relève : – Qu’en France, on est toujours en période électorale – Qu’en France, on est tellement habitués à la corruption qu’au lieu de regarder le crime ou délit, on regarde le calendrier Oui, pour le candidat, le problème n’est pas de taper dans la caisse : c’est qu’on lui dise que ce n’est pas bien juste avant un rendez-vous important, et ça, c’est vraiment dégueulasse ! Alors certes, on me dira « _Oui, mais notez que certains dossiers ressortent à des moments un peu taquins_ « . Oui-da, mais notez que le problème est plus le dossier que le moment. Vraiment. Si vous me piquez mon portefeuille, et que vous hurlez au complot parce que je vous ai demandé de me le rendre pendant que vous faisiez un discours sur votre formidable probité, tenter de m’accuser d’être le vilain de l’histoire, c’est quand même… ma foi, non,, c’est vrai : c’est suffisamment bas et bête pour être un truc de candidat. Comme tous les bons chasseurs, le juge reste cependant un ami de la nature : lorsqu’il prélève un candidat, il le bague. On appelle cela un _bracelet électronique_. _La tenue traditionnelle du juge est en fourrure blanche, faite à partir de cheveux de candidats condamnés. Oui, les candidats se font généralement avoir en fin de carrière, donc le poil est blanc._ ## En captivité Le candidat a une fâcheuse tendance à finir en captivité. Cependant, contrairement au zoo où les passants peuvent venir observer la bête tournant dans sa cage pour se distraire, ici, ce qui fait rire les enfants et pouffer les adultes, c’est le livre que le candidat fera écri… ahem, écrira durant son toujours trop bref temps passé derrière les barreaux. Permettez-moi de vous citer quelques extraits de l’ouvrage d’un candidat qui, afin de préserver son anonymat, sera nommé _Le Comte de Monte-Tabouret_. > _Un téléphone était installé dans ma cellule comme dans celle des autres détenus. Il s’agissait d’un poste fixe. Je devais me tenir debout pour l’utiliser car il était fixé au mur à hauteur d’homme. Son utilisation n’était guère aisée._ Il est vrai que pour certains candidats, ce qui est à hauteur d’homme est hors de portée. Que ce soit un téléphone ou une carrière honnête. > _Il convenait ensuite de composer pas moins de dix chiffres qui constituaient autant de codes nécessaires pour obtenir la ligne permettant enfin d’atteindre le correspondant désiré. Un véritable parcours du combattant._ Un triste rappel : si le candidat ignore le prix d’un ticket de métro ou d’un pain au chocolat, c’est parce qu’il vit dans un monde si différent du nôtre que même l’utilisation normale d’un téléphone lui semble incroyablement compliquée. > _Même une simple enveloppe devenait un objet de convoitise. Pour en obtenir une, il fallait remplir un formulaire, attendre l’autorisation, puis espérer que le surveillant ait le temps de vous la remettre. Tout était compliqué, même l’acte le plus banal._ Le vrai drame du candidat en prison est que lorsqu’il reçoit l’enveloppe, elle ne contient pas d’argent. C’est une première : on comprend que ça surprenne un peu. ## Mort Tout comme les éléphants, lorsque les candidats sentent que la fin de l’un des leurs est proche, ils le guident vers un endroit secret où il pourra s’éteindre en paix, loin des prédateurs. On parle de _Conseil Constitutionnel_ ou d’ _Académie Française_(je vous rappelle que le candidat a écrit un livre, dites donc). Si jamais trop de candidats y sont déjà entassés à attendre que la grande faucheuse vienne les prendre comme une vulgaire valise derrière la Banque de France, on crée alors une _commission._ Un endroit où même les candidats qu’on n’ose plus envoyer à Bruxelles peuvent enfin s’endormir paisiblement sur un tapis fait d’épais fauteuils et de notes de frais. Attention cependant ; lorsque beaucoup de candidats sont dans la même commission, on parle de _grande commission_ , et non de _grosse commission_ , la seconde étant l’autre nom donné aux participants à la première. ## Foire aux questions **Devient-on candidat à partir du moment où l’on dit « Je suis candidat » ?** Pas forcément, malheureux. Vous pouvez vous déclarer astronaute et ne pas l’être pour autant. Candidat, c’est pareil : des années d’emplois plus ou moins fictifs, de parachutisme sur des circonscriptions acquises à la cause, de pantouflage dans des cabinets d’élus copains… c’est un métier, tout de même. Je trouve que vous méprisez un peu les candidats. C’est mal. **Si un candidat est en captivité, n’est-ce pas dangereux de le relâcher dans la nature ?** Non. Le candidat n’a jamais vraiment connu la nature, ni le monde réel de manière générale. Comme expliqué plus haut, sitôt libéré, le candidat saura aller trouver auprès des siens le havre de paix dont il a besoin pour se tenir loin des prédateurs. Une commission, donc, ou un poste d’ambassadeur « contre la faim dans le monde » ou autre portefeuille flou, payé plus cher que vous, malandrin, et en plus pour assister à moins de réunions. **Je suis harcelée par un candidat, comment me débarrasser de ce gros lourd ?** Demandez-lui le prix d’une baguette. Il reculera en feulant. **Et si un candidat est honnête ?** Il perd. **Dites-donc Monsieur Connard, espèce de vil petit poujadiste, ne seriez-vous pas en train de nous faire le coup du monde politique où ils seraient « tous pourris » ?** Alors tous pourris, pas forcément. Mais tout pourri, certainement. ### Partager : * Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X * Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook * J’aime chargement… ### _Similaire_
unodieuxconnard.com
July 11, 2026 at 12:50 PM